Une maman qui prend soin d'elle. Qui aime écrire, lire et faire de la musique.

vendredi 18 septembre 2020

Quand l'imagination s'en mêle


 

Avoir de l’imagination, il paraît que ce n’est pas donné à tout le monde. Encore faut-il une fois que vous l’ayez, que vous arriviez à mettre sur le papier ce qu’elle vous dicte.

Moi c’est tout le temps, tous les jours, n’importe quand, avec n’importe qui et je pars dans mes délires.

 C’était un jour comme les autres, il faisait beau et je partais faire ma balade en vélo. Vous le savez je ne suis jamais seule. Parfois, je suis derrière (souvent), parfois devant (je ne sais pas comment ça arrive, mais ça arrive). Le nez en l’air, vous savez comme la biche dans Bambi qui lève le nez et respire, moi c’est pareil. Donc le nez en l’air, je capte les fumées des pots d’échappement (sic), puis les parfums des champs.

Je passe devant une habitation ou les propriétaires sont occupés à tailler la haie. Sauf, que la dame, elle, j’ai l’impression qu’elle se cache parce qu’elle est au téléphone. Cling ! super imagination se met en route et c’est parti ! Voilà ce que ça donne. N’oubliez pas que je suis en vélo, je suis donc passée en coup de vent… enfin presque !

 — Tu as vu la dame ?

— Où ça ?

 Vous avez sans doute remarqué que les hommes ne captent pas la même chose que nous, et quand ils font du sport, ils ne regardent pas ce qu’il se passe ailleurs, ils sont concentrés eux !

 — La maison qu’on vient de passer. Elle parlait doucement et elle se cachait.

— Qui la maison ?

— Arrête de faire l’imbécile. La dame !

— Qu’elle parle doucement, c’est normal, elle ne va pas ameuter tout le quartier avec sa discussion.

— Si ça se trouve, elle parlait avec son amant !

— Ou avec ses enfants.

— Pourquoi elle se cacherait ?

— Qui te dit qu’elle se planquait ? Pédale plus vite au lieu de réfléchir.

Rappel à l’ordre n° 1. Je reprends le rythme.

— Je suis sûre qu’elle ne voulait pas qu’on se rende compte qu’elle était au téléphone. Imagine, elle a un rendez-vous. Elle est habillée n’importe comment, il faut qu’elle se change. Comment va-t-elle faire ? Elle va devoir inventer une excuse…

— Et qui c’est qui va encore se taper tout le boulot. Pauvre homme !

— Oh ça va, tu n’es pas drôle !

Il rit.

— Tu l’as bien cherché !

— N’empêche tu vois que l’homme va devoir bosser, mais pas qu’elle le trompe.

Remarquez comme la discussion peut vite déraper.

— Pédale au lieu de râler !

Rappel à l’ordre n° 2. Je reprends le rythme en silence. Il dit.

— Peut-être que c’était son médecin et qu’il lui annonçait une bonne nouvelle.

Il me regarde en coin. Je réplique.

— Ou une mauvaise.

— Mais pourquoi toujours le négatif ? Il pouvait lui dire qu’elle attendait un bébé.

— N’importe quoi, tu as vu son âge ? Elle trop vieille. Et puis maintenant, avec les tests pas besoin de l’appel du médecin, ils ont autre chose à faire que d’appeler les patients pour leur dire « Au fait, vous attendez un bébé ».

Remarquez comme l’imagination est perverse… Du coup, je pédale plus vite et ne le regarde plus.

— J’aurais dû le dire plus tôt parce que là, tu as une belle allure.

Je souffle. Il ne me voit pas.

— Je t’ai vue. Tu as soufflé.

Il rit et me tend le bidon.

— Allez bois !

Je m’exécute et lui redonne. Évidemment, moi sur mon vélo, je n’ai pas de porte-bidon !

— N’empêche, c’était plus rigolo mon histoire que la tienne.  

— Peut-être qu’elle n’est pas si vieille que ça, tu es passée bien trop vite pour t’en apercevoir.

Je sens le reproche. Il continue.

— Le médecin qui l’appelle lui annonce qu’elle va avoir un bébé, mais vu son âge…

J’éclate de rire.

— Question imagination, tu n’es pas top.

Il continue.

— Qu’elle va devoir se faire avorter, qu’il va y avoir des complications. Finalement, elle se rend compte que c’est un faux numéro. Elle raccroche et taille la haie.

— Ouais, je préférais si c’était un appel de ses enfants.

— D’accord ! Alors ils diraient quoi les enfants ?

— Fais gaffe maman à ton dos. Et puis arrête de bavasser au téléphone, papa travaille tout seul. Tu pourrais l’aider quand même. Et aussi, méfie-toi des cyclistes qui passent, des fois qu’ils s’imagineraient des trucs…

 

© Isabelle Minibulle 18/09/2020

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