Une maman qui prend soin d'elle. Qui aime écrire, lire et faire de la musique.

vendredi 3 avril 2020

Marie-Sophie, le confinement et ses surprises


Vous ne vous êtes jamais demandé « qu’est-ce que je vais faire aujourd’hui ? »
Voilà, ça m’arrive tout le temps ces jours-ci.
C’est drôle ! Quand tous les lundis que je déteste d’ailleurs, je devais me lever pour partir au boulot, je me disais que je serais bien restée chez moi parce que j’avais des tonnes de choses à faire. Je n’avais pas envie de rencontrer les collègues, ils m’agaçaient. Le directeur dont je suis l’assistante allait encore me demander de traiter des dossiers pour la veille. Aujourd’hui, qu’est-ce que je donnerais pour aller les voir ces potes qui bossent avec moi. Je prendrais bien un café avec eux, on se raconterait le week-end. Le téléphone sonnerait et je râlerais parce que je ne peux pas le finir tranquille.
Je suis à la fenêtre et je n’ose même pas aller parler à mon gentil papy Charles que j’appelle pépé alors qu’il ne l’est pas du tout.

Confinement ! Ce mot, je ne le connaissais pas avant ! je n’avais pas l’idée que ça pouvait arriver.
Déjà que je suis seule, alors, là c’est le bouquet ! Archibald mon ami boulanger continue à fabriquer ses pains. Je vais en chercher… une fois par semaine. Impossible d’y aller plus souvent pour bavarder avec lui, interdit.

Je n’ai jamais autant écouté de la musique que maintenant. Je redécouvre mes albums et du coup ça me flanque le cafard. Alors, je range tout et me branche sur Deezer comme ça j’ai des playlists actuelles, exit les souvenirs.
Mais elle dure cette réclusion. Même si j’ai un jardin et que je ne suis pas en appartement, je déprime toute seule. Ce n’est pas de chance, mes parents étaient justement partis en vadrouille dans leur maison de campagne quand le confinement est tombé. Du coup, ils sont restés avec les coqs qui les réveillent et l’odeur des vaches. Je les envie.

Mélusine, ma meilleure amie, couturière a dû fermer sa boutique. Et voilà qu’elle décide de venir s’installer chez moi. Je n’en reviens pas. Elle pourrait partir dans la grande maison retrouver sa famille, non, elle préfère me rejoindre.
Je lui ai préparé avec amour la chambre qui lui est souvent destinée et elle débarque avec sa valise, son gel hydroalcoolique et sa bonne humeur.


— Personne ne t’a contrôlée ?
Elle me sourit. Je l’adore Mélusine, elle est la féminité incarnée. Toutes les deux, je sens que nous allons bien en profiter pour papoter, de rigoler et de voir le temps passer.
— Je n’ai pas fini de décharger ma voiture !
Stupéfaite, je la regarde sortir sa machine à coudre, des bouts de tissus, et des boites multicolores.
— Tu n’as pas déménagé ton magasin quand même !
— Non, mais j’ai plein d’astuce pour qu’on s’occupe. Attends, vois, j’ai amené tout mon maquillage. Ce n’est pas parce que nous sommes enfermées que nous devons êtres moches. Et pas question de rester en pyjama hein MarieSophe ?
Moi lambiner en babygros ? Quelle idée !
— Je te connais ma belle ! Et puis, j’ai apporté aussi des bouquins et j’ai déniché de jolis cahiers et carnets que nous allons pouvoir customiser. Toi qui adores ces babioles pour écrire, tu vas t’éclater.
Ébahie, je la contemple envahir tout mon espace.
— Je m’étale, ça ne te dérange pas ?
— Bien sûr que non !
Elle déballe du rouge, du jaune, du bleu, du vert, du rose, du violet. Elle voit la vie en couleurs Mélusine. Je n’imaginais pas que sa petite voiture pouvait contenir autant de merveilles. J’ai l’impression d’être une gamine devant ses cadeaux de Noël.
— Tu ne m’as pas répondu, tu t’es fait contrôler en venant me rejoindre !
— Hum ! Hum !
— Tu avais ton autorisation ? Tu avais marqué quoi ?  
— Comme c’était les premiers jours, il a été assez cool.
— C’est la gendarmerie ?
— Hum ! Hum !
Son sourire m’agace. Pourquoi est-elle si mystérieuse ? Elle reprend.
— Tu ne me demandes pas qui m’a contrôlée ?
— Pourquoi je connais ?
— Non, mais moi je l’ai trouvé mignon.
— Tu crois que c’est le moment de tomber amoureuse ?
— Toute de suite les grands mots.
— Et si parce qu’une jolie fille leur plait, les gendarmes ne font pas leur boulot alors où va-t-on ?
— Oh arrête de faire ta rabat-joie ! Je ne souhaitais pas t’en parler, mais ça fait quelques mois qu’on se voit !
J’en reste sur le cul ! Comment ai-je pu ne pas m’en rendre compte.
— Je suis désolée Mélusine, je…
— Tu n’as pas à t’en vouloir, Archibald n’est pas au courant non plus. Nous avons été assez discrets. Allez, tu me montres ma chambre que je m’installe.

À 20 heures, nous sommes toutes les deux à nos fenêtres et nous applaudissons pour remercier tout le personnel soignant. Je vois que Charles est aussi devant sa porte et clame des bravos à tout rompre. Je ne peux m’empêcher de lui faire signe. Une fois, les voisins rentrés chez eux, il brave les interdits et s’approche de ma maison, mais respecte le mètre de distance.
— Comment vas-tu MarieSophe ?
— Et toi pépé ? Tu ne t’ennuies pas trop ?
— Figure-toi que je me suis mis à internet et Skype. Je peux bavarder comme ça avec Célestine.
Je n’en reviens pas. Le confinement a de ces surprises !
— Elle ne s’embête pas trop ?
— Dans sa grande maison, elle n’a pas beaucoup de visites. Elle se sent seule. Du coup, nous discutons longuement. Dimanche, nous avons fait une vidéo dessert.
— Tu m’expliques ?
— Elle est allée chercher son pain comme d’habitude, elle n’y va plus qu’une fois par semaine, et elle a acheté un éclair. J’en avais pris un aussi avec mes baguettes, et nous l’avons dégusté ensemble par écran interposé.
Il m’épate pépé. Mélusine rit.
— Ce n’est pas toi MarieSophe qui ferait ça, pas vrai ? Remarque ça t’arrangerait bien, tu pourrais te carapater dès qu’il deviendrait trop entreprenant ton chéri.
— Je n’ai pas d’amoureux !
— Le pauvre, tu ne vas pas le voir souvent. Il est sur le pied de guerre avec ce virus de malheur, dit Charles en soupirant.
Je le regarde interloquée, à qui fait-il allusion ? Il reprend.
— Je les admire moi tous ces soignants qui risquent leur vie pour nous sauver nous ! Gabriel est en première ligne.
— De qui parles-tu Charles ?
Surpris, il m’interroge.
— Ne me dis pas que tu ne sais pas qu’il est médecin urgentiste ?
Je regarde Mélusine. Pépé décaroche. Je m’approche de lui, mais il me repousse.
— MarieSophe recule ! et le mètre de distance alors ? Gabriel est ton voisin d’en face. Celui qui venait me raconter le soir, sa journée, quand il rentrait. Mais, il y a deux semaines que je ne l’ai pas vu. Il doit dormir là-bas !
— Tu parles de Florent ?
— Je n’ai jamais compris pourquoi tu l’appelais comme ça ! C’est Gabriel.
Mélusine me file un coup de coude et chuchote.
— Tu es allée sur son compte Instagram, vu qu’il est médecin, il n’a peut-être pas mis son vrai nom.
Je ne relève pas et demande à Charles.
— Il est urgentiste à quel hôpital ?
— Mais… celui de la ville à côté, pardi ! Sérieux, vous les jeunes, vous ne vous parlez pas ?  
— Tu n’as pas de nouvelles depuis combien de temps ? Tu as son numéro de téléphone ?
Pépé se met à rire.
— Tiens donc, tout d’un coup il t’intéresse le beau brun ? Parce qu’il est médecin ? Parce qu’il risque sa vie il devient digne de toi ?
Je rougis ! D’un coup je me rends compte que je suis peut-être passée à côté de quelque chose.
— Je t’avais prévenu Marie-Sophie que le bonheur, il ne fallait pas lui faire grise mine quand il te faisait de l’œil.
Je baisse la tête et Mélusine m’entoure de son bras mes épaules. Je suis nulle.
— Tiens ! Je l’ai toujours dans ma poche, parce qu’il m’a dit que je pourrais l’appeler, il se débrouillerait si jamais je n’allais pas bien. Il ne pensait pas à cette épidémie bien évidemment, mais… Il est gentil tu sais, Gabriel !
Il me tend un papier froissé où un numéro de téléphone est inscrit.
— Tu le notes et tu me le rends.
Mélusine a déjà sorti son portable et enregistré le précieux 06 dans sa liste de contacts, alors que moi je n’avais pas encore réagi, hébétée par ce que je venais d’apprendre.


© Minibulle 3/04/2020

mercredi 1 avril 2020

Avril se pose des questions



— C’est quoi ce Bordel ! Qu’est-ce que t’as foutu Mars ? Personne dans les rues, pas de voitures, rien ! Nada ! je n’ai rencontré qu’un chat qui faisait sa toilette au milieu de la route !

Avril s’installe et ne comprend rien à ce qu’il a devant les yeux. Sa nature est pourtant bien la même. Ses fleurs sont magnifiques, les arbres sont en bourgeon, le ciel semble dégagé, alors que se passe-t-il pour que les gens qu’ils croisent portent un masque, des gants, baissent la tête, ne se parlent pas ou se tiennent loin des uns des autres ?
Pas un poisson en chocolat dans les vitrines. Pas un sourire sur les visages. Lui, qui croyait qu’il était attendu avec impatience, il a l’impression d'être invisible.
— Pas envie qu’ils disent !

— Alors tu m’expliques ? Et tu as intérêt à être convaincant ! Je n’ai jamais vu ça depuis la guerre.
— C’est un peu ça !
— Comment ? Je n’entends aucun bruit d’avion ! seuls les oiseaux se baladent !
— C’est un virus !
— Un quoi ?
— Un virus très méchant et très contagieux.
— Et alors ? J’en ai connu des choses depuis la nuit des temps, ce n’est pas un truc de rien du tout qui va tout stopper !
— Il est petit, mais costaud !
— Je répète et alors ? Décembre, janvier et même février ont l’habitude de ces virus, ce n’est pas pour autant que tout s’arrête.
— C’est un nouveau. Et il tue !
— Quoi ?
— Tu sais, je suis triste. Les seniors qui venaient souvent se promener aux premiers rayons du soleil… Beaucoup ne sont plus là.
Avril soupire. 
— Il n’y a rien à faire alors ?
— Ils doivent tous rester chez eux… mais certains ne le font pas et du coup, le virus se propage à une vitesse grand V.
Avril gronde de colère.
— Ce n’est pourtant pas difficile de se confiner chez soi. Je vais leur flanquer un temps froid à ne pas mettre le nez dehors, tu vas voir qu’ils ne vont plus bouger.
— Peut-être… Mais tu sais, le soleil c’est bien aussi pour leur moral.
— Tu as raison ! Je vais faire au mieux alors. Je vais souffler doucement, je vais leur réchauffer leurs cœurs tendrement, je vais demander à Dame Nature qu’elle déploie ses parfums de printemps dès le matin. Les oiseaux et les animaux m’écouteront, ils leur distilleront un peu de joie.
— Encore faut-il qu’ils sachent s’en rendre compte. Ils sont tristes. Et puis, ils n’ont plus l’habitude de rester à ne rien faire. Ils s’ennuient. Ils ne supportent plus leurs enfants.
— Je peux espérer qu’ils passent de jolis moments dans leurs jardins, à leurs fenêtres, et alors ils s’apaiseront. Et les gosses n’y sont pour rien.
— Je te laisse Avril, je n’ai jamais connu un temps aussi morose. Ce ne sont pas de mes giboulées qu’ils se rappelleront.
— Va…

© Minibulle 1er avril 2020


samedi 28 mars 2020

Bavardages dans le jardin



Rita et Phil le couple de mésanges habitué de la cabane dans le jardin de Jean et Minouche, est revenu. Quand l’un est à la recherche de brindilles et de plumes, l’autre zinzinule pour prévenir si tout est calme et qu’il n’y a pas de danger. Tous les deux posés sur une branche, ils discutent et se s’interrogent parce qu’ils se rendent bien compte que ce n’est pas comme d’habitude.
— Rita, c’est bizarre quand même, regarde il n’y a pas une voiture sur la route.
— Demande à Alfred, il doit savoir lui !

Alfred c’est le chien de Jean.
— Oui Rita, il se passe des trucs inhabituels. Mon maître, qui fait toujours du vélo, ne sort plus. Il en fait dans son garage sur une drôle de machine et je n’ai pas le droit de l’approcher, il dit que c’est dangereux si je me prends les pattes dans ses roues. Il a même mis un carton devant la porte pour bien me faire comprendre que je ne dois pas aller l’ennuyer. Tu parles, je pourrais sauter au-dessus si je le voulais, mais je respecte son ordre. 

Marquise la chatte du voisin, curieuse comme ce n’est pas permis, s’est installée sur le mur et écoute la conversation. Elle ne peut pas s’empêcher d’y ajouter son grain de sel.
— C’est rudement bien, je trouve ! Plus de voitures, et je ne risque plus de me faire écrabouiller par des fous qui accélèrent quand j’ai le malheur de traverser la route.
— Mais c’est pour ça que je respire mieux alors ?
— Ben c’est sûr, plus de fumée qui s’échappe des camions, des bus, des machins qui roulent à toute berzingue. Ma fourrure est toute soyeuse.
Marquise est une chatte blanche qui se la joue diva.

— N’empêche, il doit se passer un truc grave, car mon maître reste souvent planté devant la télé à écouter. D’habitude, il n’a pas cette tête. Là, je le trouve bien soucieux.
— Oui, et vous savez quoi ? reprend Marquise. Il faut que je fasse attention à ne pas manger trop vite mes croquettes. J’ai entendu que ce n’était pas facile pour sortir en acheter. Du coup, je suis moins gourmande. Ma maîtresse est revenue chercher un papier obligatoire pour aller au magasin. Elle me répète que je ne dois pas l’abandonner, elle n’a plus que moi pour parler.
— En tout cas, pour nous, les oiseaux, le ciel est dégagé. Plus d’avions, plus de trainées blanches. Seuls les nuages nous font des coucous, et encore, il n’y en a pas trop en ce moment.

— Vous croyez qu’il y aura quand même des cerises ?
Voilà Gus le merle. Quel gourmand ! il s’en fiche lui, du moment que les beaux fruits rouges mûrissent comme chaque année.
— Tu sais, répond Phil, rien d’anormal pour ça. Les fleurs naissent de la même façon, les amis tourterelles continuent à roucouler, les coqs à chanter. Rita et moi avons trouvé facilement pour construire notre nid.
— La seule différence c’est que nous entendons davantage nos copains siffler.
— Moi qui surveille toujours devant le portail pour voir si quelqu’un arrive, je n’ai pas grand-chose à faire. Les enfants de Jean ne viennent plus. J’ai cru qu’ils étaient fâchés et j’ai imaginé que c’était à cause de moi, que j’avais peut-être fait une bêtise. Mais non, je les ai entendus parler avec un drôle de truc. J’ai passé la tête, j’en ai profité pour recevoir une caresse de ma maîtresse et j’ai reconnu leurs visages comme à la télé. Tu penses qu’ils vont se voir que sur un écran maintenant ? Ce n’est pas rigolo parce que pour jouer au ballon, ce n’est pas pratique. Mais ce que je préfère, c’est que Jean et Minouche ont bien le temps de s’occuper de moi. J’en ai encore plus qu’avant des caresses. Alors, je les regarde avec mes grands yeux d’amour et je fais le pitre pour les faire rire.
— Tu as de la chance, dit Marquise, j’en connais qui ont été abandonnés. Ils ont cru que c’était à cause de nous le truc qui les empêche de sortir.
— Un virus qu’ils disent.
— Mais nous on ne risque rien.
— Vous savez, Paulo, son maître l’a attrapé…
— Et alors ?
— Ben… Paulo est tout seul maintenant. Enfin, il a encore sa maîtresse, mais elle pleure tout le temps. Il n’a même pas pu lui dire au revoir. Il y a aussi Jojo, lui c’est le contraire, il a tous les gosses avec lui. Il y a des fois, il voudrait se cacher pour avoir la paix. Ils ne vont plus à l’école les enfants.


— Bon ce n’est pas tout ça, les amis, le mot d’ordre, c’est qu’il faut leur remonter le moral à tous. Ils nous aiment, à nous de leur montrer que nous aussi on peut les aider.
— Moi je chante.
— Moi je siffle et je m’égosille.
— Moi je ronronne.
— Moi je lèche.

On est là, nous !
— Vous croyez qu’ils vont changer leurs habitudes après ?
— Ça…

@Minibulle 28/03/2020


mercredi 25 mars 2020

A l'auberge de Jeannot


Texte écrit avec des phrases proposées en italique 

Pedro était de bonne humeur.
— J’ai décidé de chanter.
Le jeune homme entra dans l’auberge. Le patron le regarda et l’interpella :
— Non, tu ne vas pas chanter, tu vas faire pleuvoir.
La serveuse, Marie-Antoinette, leva la tête.
— Pourquoi qu’tu veux pas qu’il chante le Pedro ? Moi j’aime bien entendre sa voix.
Assis au fond de la salle, le détective se gratta le cou en grimaçant. S’il se mettait à pousser la chansonnette, il allait avoir du mal à se concentrer.
— Il a raison le Jeannot, j’ai du travail.
Marie-Antoinette, le plateau dans une main et le torchon dans l’autre ronchonna. Elle regarda son calendrier en soupirant.
— Il a un concert le Pedro, dans une semaine, il faudrait qu’il répète.
— De quoi tu mêles la Marie ! Si le monsieur doit travailler, laisse tranquille et toi Pedro va chanter ailleurs.
La voix du patron a tellement résonné dans l’auberge que d’une corbeille de fruits, une pomme tomba sur la coccinelle affolée qui ne comprit pas ce qu’il lui arrivait.
Pedro s’en moquait de tout ce charivari, il entonna :
— Au bout du chemin sera la victoire…
— C’est quoi cette chanson ?
 Marie-Antoinette, admirative était complètement sous le charme du beau brun.
— Je ne sais pas encore, elle est de ma composition.
— Stop Pedro, tu vois pas que tu déranges ? Même la poule s’en mord la queue.
— Fais pas ton rabat-joie Jeannot, où t’as vu une poule d’abord ?
Pedro reprenait :
— Kwiki le kola croquait un cornichon kaki…
C’en était trop, le détective se leva d’un bond et renversa sa bière.
— Demain sera un autre jour, je reviendrai quand ce chanteur de pacotille aura terminé sa chansonnette.
Il ramassa sa sacoche et sortit de l’auberge bousculant au passage le repas servi à table pour les habitués.
Jeannot gronda et poussa Pedro dehors qui hurla :
— Je ne veux pas sortir !
Il était venu en vélo et quelle ne fut pas sa surprise de voir le client qui n’aimait pas sa musique s’acharner dessus. La hache transperça les boyaux de la bicyclette.
— Mais vous êtes fou, comment vais-je repartir chez moi ?
 — À pattes, mon ami !
— Mais vous n’avez pas le droit !
— Et vous, vous n’aviez qu’à pas m’écorcher les oreilles.
Il le planta là.
Dégouté, Pedro revint à l’auberge. Sans demander rien à personne, il s’empara du plateau des desserts et s’approcha d’une table. Il commença à servir. Les yeux de la jeune femme s’allumèrent devant la part de gâteau qu’on lui présentait.
— Mais qu’est-ce qu’il fait encore le Pedro ?
Jeannot roulait de gros yeux et son teint vira au rouge brique. Il tonna :
— Marie-Antoinette ? Où es-tu ?
— Je dévore un cookie ! Ils sont rudement bons !
— Je ne te paie pas pour manger les biscuits, mais pour servir les clients. Va donc voir ce que fait ton protégé de chanteur. Il n’est pas près de passer à The Voice je te le dis !
La jeune femme revint en salle.
— Alors comme ça on fait mon boulot ? Et comment que j’vais être payée si j’fais rien ? Excusez-le m’sieur-dame, il est chanteur pas serveur. Il est pas rapide en plus, par rapport à moi, on dirait l’escargot et la tortue qui font la course.
Elle éclata de rire, fière de sa boutade.
— Ben quoi le Jeannot, fais pas ta tête des mauvais jours, le soleil brille, la vie est belle !
— Oui, mais moi je n’ai plus de vélo.
Jeannot leva les bras au ciel.
— Et voilà qu’il recommence. Pourquoi qu’t’as plus de vélo ?
— Le client de tout à l’heure m’a crevé les pneus.
— Faut porter plainte ! clama Marie-Antoinette. C’est pas parce qu’il aime pas vos chansons qu’il a le droit de faire ça.
Le couple avec leurs quatre enfants attablés avait terminé leur dessert.
— Vous prendrez bien un p’tit café ? Je vous l’offre pour le dérangement occasionné.
Jeannot tenait absolument à garder sa clientèle.
— Marie-Antoinette, viens chercher le plateau ! Et toi Pedro laisse ces messieurs-dames tranquilles.
Le père de famille, un grand gaillard velu comme un ours, remercia pour le café et s’enquit auprès de l’aubergiste :
— Mes enfants me réclament un chien, vous ne savez pas où je pourrais en trouver un ?
Marie-Antoinette qui n’était jamais à court d’idées se frappa la tête et répondit :
— Chez le rebouteux, son fils a toujours des chiots à donner. C’est la maison au bout de la rue. Faites pas attention, le gamin est peu fêlé de la tête, il n’a pas la lumière à tous les étages comme on dit. Il se prend pour le cycliste qui volait sur les nuages. Mais il n’est pas méchant et vous trouverez certainement votre bonheur.
Les enfants poussèrent des cris de joie et commencèrent à faire une ronde autour de Marie-Antoinette.
— Allez, papa, on y va on y va !
Le grand gaillard remercia la jeune femme et aussitôt elle imagina :
— L’ours me sourit et m’invita à danser.

— Ohé, Marie-Antoinette, débarrasse la table, j’te paie pas à bayer aux corneilles et à rêver tout haut. Il est parti ton ours.
Pedro par contre était toujours là.
— Voulez-vous que je vous aide ?

© Minibulle 25/03/2020

dimanche 22 mars 2020

Muguette, Marie-Sophie, Petit Paul ... et La Plume


La plume a décidé d’ouvrir le tiroir où Muguette est enfermée depuis quelque semaines déjà…

— Ah quand même ! Regarde comment je suis toute fripée ! qu’as-tu bafouillé pour moi La Plume ? Où sont Prune, Félicie et Jasmin ?

Je n’ai pas le temps de réagir que MarieSophe me coupe le sifflet.

— Tu arrêtes un peu de la ramener ?
— Marie-Sophie ? Mais, tu es là toi ? Je croyais que c’était mon histoire !
— Je te signale que nous sommes en confinement, pas plus de cinq personnes ensemble, alors, tes copines, tu peux t’assoir dessus !

Pour le coup, je n’en reviens pas, Marie-Sophie semble très remontée, c’est bien la première fois que je l’entends s’exprimer de cette manière.

— Ohé La Plume, pourquoi a-t-elle le droit de parler et pas moi ?

Mais elles vont se taire oui ? Je n’arrive pas à en écrire une ! Marie-Sophie répond à ma place

— Je pense que c’est parce que toi tu vas bientôt partir…
— Partir où ?
— C’est un secret !
— Et je ne suis pas au courant ?
— Puisque c’est un secret !
— Je m’ennuie dans mon tiroir.
— C’est la vie ma pauvre chérie ! Tu crois que je suis plus gâtée que toi ? Figure-toi que La Plume n’arrête pas de me mettre le voisin d’en face dans les pattes.
— Tu ne vas plus le voir si tu es en confinement. Bien fait pour toi !
— Tu es franchement de mauvaise humeur, tu ferais mieux de retourner dans ton tiroir.
— Non, je suis sortie. J’en profite. Alors quoi de neuf ici ?
— Pas grand- chose ! J’avais commencé à aller à la salle de sports et pfft, terminé !
— Quoi terminé ?
— Avec ce confinement, plus de sport.
— Mais de quoi me parles-tu ? Tu es dans un tiroir aussi ?
— Mais non, tu ne comprends rien Muguette. On voit que ça fait un moment que tu n’es pas sortie de ton trou.
— Oh ! ça va la bêcheuse ! ce n’est pas parce que toi tu te peux te pavaner que tu dois faire la fière. 
— D’accord, je t’explique ! Il y a un vilain virus très contagieux qui…
— J’aime pas les virus !
— Celui-là je te garantis qu’il n’est pas gentil du tout ! Pour ne pas l’attraper, il n’y a qu’une chose à faire, rester chez soi !

Muguette est muette, la bouche grande ouverte.

— Ohé ? Dis quelque chose.
— Que veux-tu que je te dise, s’il faut rester chez soi !

Je vais peut-être reprendre en main la situation et écrire un semblant d’histoire, mais…

— Pourquoi La Plume me met-elle toujours le voisin d’en face dans les pattes ?
— Tu n’as qu’à lui poser la question.

Je n’en sais fichtre rien, il me plait bien le beau gosse, mais je me demande pourquoi je lui ai trouvé un prénom si banal…

— Et puis ce prénom Florent, franchement, elle aurait pu trouver mieux !

Qu’est-ce que je vous disais !

— C’est vrai quoi ! Toi as droit à Jasmin, Angelo !
— Et Archibald alors ?
— Ah, mais tu suis mon histoire ?
— Tu vois dans mon tiroir, je n’ai pas grand-chose d’autre à faire !
— Archibald est mon ami, pas mon amant !
— Qui sait ? Peut-être va-t-il le devenir ?

Ah non, Archibald est le meilleur pote de Marie-Sophie, pas question d’en changer.

— Charles, ton grand-père de substitution est bien plus gentil que Louis, le patriarche de mon histoire.
— Moi je l’aime bien Grand-Pa !

Allons bon, voilà qu’arrive Petit Paul.

— Il faut rester dans ton tiroir bonhomme, ce n’est pas prudent de sortir.
— Pourquoi, je ne suis pas malade.
— C’est vrai ça ! Dis donc Marie-Sophie, tu me racontes des blagues là ! Si La Plume n’a pas envie qu’on attrape le virus, elle ne nous le donnera pas.
— C’est comme un virus informatique ? Mon papa dit que c’est dangereux, il ne faut pas ouvrir les messages bizarres, ça détruit tout le disque dur !
— Réfléchis, si le disque dur de La Plume disparaissait ?

Qu’elle ne parle pas de malheur Muguette, je vais la faire taire pour de bon. Tu vas voir !

— Boucle la Muguette, tu vas nous porter la poisse. Tu es une vraie chipie ! Imagine que ton histoire s’envole en fumée, tu serais bien tien ! Plus de Muguette, plus de Jasmin et plus de Petit Paul.
— Moi je suis dans une autre, alors, je ne risque rien !

Et toc ! Petit Paul tu as raison !

— Si je comprends bien, plus personne ne m’aime ? Tout le monde m’oublie ? Mais… c’est horrible !

Ah non ne pleure pas Muguette, je vais devoir te consoler, tu me fends le cœur ! Tu sais bien que tu es dans mon cœur, si tu savais d’ailleurs ce qu’il se prépare… mais chut !

— Ne pleure pas Mug ! Moi je t’adore !

Petit Paul, heureusement que tu es là !

— OK, moi aussi, je t’aime bien !

Marie-Sophie en rajoute.

— Après tout, c’est un peu grâce à toi que je suis née.

Ah bon ? Si Muguette avale ça, j’en reste baba.

— C’est vrai ?
— Mais oui ! Tu ne pouvais plus être très présente à cause de… bref, le secret, tu sais ! Alors, La Plume m’a créée moi ! Mais elles nous aiment toutes les deux. Même si nous sommes très différentes.
— Et tu n’as pas de petit garçon avec toi Marie-Sophie ?

Et paf ! Petit Paul qui en rajoute une couche. Je ne vais pas m’en sortir. C’est vrai ça, pourquoi il n’y a pas de gamin avec MarieSophe ?

— Non, et je n’en ai pas envie !

J’ai ma réponse.

— Quand même… et tu n’as pas d’amoureux ?
Aie !
— Si elle en a un, mais elle n’en veut pas !
— C’est pareil pour toi Muguette avec Jasmin, tu le fais tourner en bourrique comme dit maman.

Et vlan ! attrape ça dans les dents Muguette.

— Je suis sûr que tu vas tomber amoureuse Marie-Sophie, les filles, ça tombe toujours amoureux.
— D’où sors-tu ça Petit Paul ? Je suis toute seule et ça va très bien comme ça !

— Qui parle d’amoureux ici ?

Je reprends la main, parce que si je les laisse jacasser comme ça, j’en ai pour cinquante pages.

— Tu vois je te l’avais prédit que La Plume allait me remettre le beau gosse dans les pattes.
— C’est vrai qu’il n’est pas mal ! Comment dis-tu qu’il s’appelle ?
— Touche pas ! Il est dans mon histoire !

Tiens donc Marie-Sophie serait-elle jalouse ? Allez hop, tout le monde dans les tiroirs et les cahiers, vous connaîtrez la suite plus tard.

— Mais…
— Je…
Je ne veux plus vous entendre jusqu’à nouvel ordre.
— Ça veut dire quoi nouvel ordre ?

Petit Paul a toujours le mot de la fin !

© Minibulle 22/03/2020