Une maman qui prend soin d'elle. Qui aime écrire, lire et faire de la musique.

mercredi 25 mars 2020

A l'auberge de Jeannot


Texte écrit avec des phrases proposées en italique 

Pedro était de bonne humeur.
— J’ai décidé de chanter.
Le jeune homme entra dans l’auberge. Le patron le regarda et l’interpella :
— Non, tu ne vas pas chanter, tu vas faire pleuvoir.
La serveuse, Marie-Antoinette, leva la tête.
— Pourquoi qu’tu veux pas qu’il chante le Pedro ? Moi j’aime bien entendre sa voix.
Assis au fond de la salle, le détective se gratta le cou en grimaçant. S’il se mettait à pousser la chansonnette, il allait avoir du mal à se concentrer.
— Il a raison le Jeannot, j’ai du travail.
Marie-Antoinette, le plateau dans une main et le torchon dans l’autre ronchonna. Elle regarda son calendrier en soupirant.
— Il a un concert le Pedro, dans une semaine, il faudrait qu’il répète.
— De quoi tu mêles la Marie ! Si le monsieur doit travailler, laisse tranquille et toi Pedro va chanter ailleurs.
La voix du patron a tellement résonné dans l’auberge que d’une corbeille de fruits, une pomme tomba sur la coccinelle affolée qui ne comprit pas ce qu’il lui arrivait.
Pedro s’en moquait de tout ce charivari, il entonna :
— Au bout du chemin sera la victoire
— C’est quoi cette chanson ?
 Marie-Antoinette, admirative était complètement sous le charme du beau brun.
— Je ne sais pas encore, elle est de ma composition.
— Stop Pedro, tu vois pas que tu déranges ? Même la poule s’en mord la queue.
— Fais pas ton rabat-joie Jeannot, où t’as vu une poule d’abord ?
Pedro reprenait :
— Kwiki le kola croquait un cornichon kaki…
C’en était trop, le détective se leva d’un bond et renversa sa bière.
— Demain sera un autre jour, je reviendrai quand ce chanteur de pacotille aura terminé sa chansonnette.
Il ramassa sa sacoche et sortit de l’auberge bousculant au passage le repas servi à table pour les habitués.
Jeannot gronda et poussa Pedro dehors qui hurla :
— Je ne veux pas sortir !
Il était venu en vélo et quelle ne fut pas sa surprise de voir le client qui n’aimait pas sa musique s’acharner dessus. La hache transperça les boyaux de la bicyclette.
— Mais vous êtes fou, comment vais-je repartir chez moi ?
 — À pattes, mon ami !
— Mais vous n’avez pas le droit !
— Et vous, vous n’aviez qu’à pas m’écorcher les oreilles.
Il le planta là.
Dégouté, Pedro revint à l’auberge. Sans demander rien à personne, il s’empara du plateau des desserts et s’approcha d’une table. Il commença à servir. Les yeux de la jeune femme s’allumèrent devant la part de gâteau qu’on lui présentait.
— Mais qu’est-ce qu’il fait encore le Pedro ?
Jeannot roulait de gros yeux et son teint vira au rouge brique. Il tonna :
— Marie-Antoinette ? Où es-tu ?
— Je dévore un cookie ! Ils sont rudement bons !
— Je ne te paie pas pour manger les biscuits, mais pour servir les clients. Va donc voir ce que fait ton protégé de chanteur. Il n’est pas près de passer à The Voice je te le dis !
La jeune femme revint en salle.
— Alors comme ça on fait mon boulot ? Et comment que j’vais être payée si j’fais rien ? Excusez-le m’sieur-dame, il est chanteur pas serveur. Il est pas rapide en plus, par rapport à moi, on dirait l’escargot et la tortue qui font la course.
Elle éclata de rire, fière de sa boutade.
— Ben quoi le Jeannot, fais pas ta tête des mauvais jours, le soleil brille, la vie est belle !
— Oui, mais moi je n’ai plus de vélo.
Jeannot leva les bras au ciel.
— Et voilà qu’il recommence. Pourquoi qu’t’as plus de vélo ?
— Le client de tout à l’heure m’a crevé les pneus.
— Faut porter plainte ! clama Marie-Antoinette. C’est pas parce qu’il aime pas vos chansons qu’il a le droit de faire ça.
Le couple avec leurs quatre enfants attablés avait terminé leur dessert.
— Vous prendrez bien un p’tit café ? Je vous l’offre pour le dérangement occasionné.
Jeannot tenait absolument à garder sa clientèle.
— Marie-Antoinette, viens chercher le plateau ! Et toi Pedro laisse ces messieurs-dames tranquilles.
Le père de famille, un grand gaillard velu comme un ours, remercia pour le café et s’enquit auprès de l’aubergiste :
— Mes enfants me réclament un chien, vous ne savez pas où je pourrais en trouver un ?
Marie-Antoinette qui n’était jamais à court d’idées se frappa la tête et répondit :
— Chez le rebouteux, son fils a toujours des chiots à donner. C’est la maison au bout de la rue. Faites pas attention, le gamin est peu fêlé de la tête, il n’a pas la lumière à tous les étages comme on dit. Il se prend pour le cycliste qui volait sur les nuages. Mais il n’est pas méchant et vous trouverez certainement votre bonheur.
Les enfants poussèrent des cris de joie et commencèrent à faire une ronde autour de Marie-Antoinette.
— Allez, papa, on y va on y va !
Le grand gaillard remercia la jeune femme et aussitôt elle imagina :
— L’ours me sourit et m’invita à danser.

— Ohé, Marie-Antoinette, débarrasse la table, j’te paie pas à bayer aux corneilles et à rêver tout haut. Il est parti ton ours.
Pedro par contre était toujours là.
— Voulez-vous que je vous aide ?

© Minibulle 25/03/2020

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