Une maman qui prend soin d'elle. Qui aime écrire, lire et faire de la musique.

lundi 23 juillet 2018

Il était une sorcière




 — Tu ne vas pas recommencer Samantha, je te répète que je ne suis pas une sorcière. Cesse de divaguer et de t’inventer des histoires. Tu as passé l’âge quand même ! Vraiment tu m’agaces, oui je suis en colère et je t’appelle Samantha. Ce n’est pas parce que tu portes le même prénom que la sorcière bien aimée du feuilleton que tu peux en devenir une, ça n’existe pas et tu le sais !
— Pourquoi ça n’existerait pas hein ? Je tortillonnerai mon nez comme ça (elle fit une horrible grimace) et d’un claquement de doigt mes problèmes disparaîtraient.
Nicky, son amie depuis le lycée retint un sourire. Sam l’émouvait.
— C’est Joséphine, tu sais l’ange gardien, qui claque des doigts, murmura-t-elle malicieusement.
— Rigole va ! Je sais bien moi, que tu es une sorcière. Ta maman en était une et ta grand-mère avant aussi.
— D’où tu tiens ça ? Mamie et Maman savaient soigner par les plantes, ça ne fait pas d’elles des sorcières.
— Elles faisaient passer le feu aussi et étaient guérisseuses comme disaient les gens.
Nicky haussa les épaules.
—Toi aussi tu as hérité de leurs dons.
— Je suis ostéopathe, rien de sorcier là-dedans crois-moi !
— Faux ! Tu as vu la clientèle qui déboule chez toi de n’importe quel endroit ?
— N’exagère pas ! Tu sais, le bouche à oreilles fonctionne bien et comme je suis, on va dire « douée » pour ce métier, effectivement je ne me plains pas, je gagne bien ma vie, mais comme d’autres de mes collègues.
 S’il-te-plait Nicky, j’ai besoin de ton aide.
— Je t’écoute Sam, mais pas de sorcellerie, je…
 Je sais que tu peux le faire, j’ai rencontré ton ami…
 De qui tu parles ? Je n’ai pas d’ami particulier et tu les connais tous.
— Il s’appelle Henry.
 Je ne connais pas d’Henry.
 Normal, je suis certaine qu’il a pris un pseudonyme.
— Tu me fatigues là ! On ne dirait pas que tu as cinquante ans.
Le portable de Sam sonna, elle prit l’appel et après avoir raccroché embrassa son amie :
— Je dois récupérer JM au lycée, mais je n’abandonnerai pas !
Nicky la raccompagna à sa voiture.
— A bientôt !

— Qu’est-ce qu’il t’a pris de venir ici ? Et tu ne pouvais pas t’habiller plus discret ?
— Je t’emmène Nicky, réunion à Salem !
Elle lui donna la main et ils disparurent ensemble dans un nuage de fumée, laissant ébahie Sam qui avait oublié son sac et revenait le chercher.

— Tu veux me dire ce que tu cherches Sam ?
— Ton balai !
— Mais … Tu vas bien ?
— Maintenant tu arrêtes de me mentir Nicky. Je suis revenue hier chercher mon sac et tu m’as flanqué une ces frousses en disparaissant dans ta fumée. Allez raconte, où es-tu partie ?  C’était bien ? Mais arrête de poser ta main sur mon front je n’ai pas de fièvre.
Nicky regarda son amie qui continuait de fouiner partout à la recherche de…
— J’ai trouvé ! Sam brandissait effectivement un balai de paille. Je ne savais pas que ça existait encore ces trucs-là, tu ne peux pas avoir un vrai balai comme tout le monde.  Allez, monte dessus et fais-moi voir !
Devant la mine effarée de son amie, Sam enjamba l’ustensile :
 Alors, ta formule magique ?
— Tu ne doutes vraiment de rien toi, tu es folle vraiment.
Mais elle ne put s’empêcher d’éclater de rire
 Balai, mon gentil balai …
A la surprise des deux femmes, celui-ci s’ébroua. Sam perdit l’équilibre et se retrouva par terre.
 Tu as vu ?
Nicky se retourna et furieuse cria :
 Henry ? Arrête ça tout de suite !
Assise en tailleur au sol, Sam écarquilla les yeux. Un homme superbe, tout de blanc vêtu, se tenait assis en haut du buffet. Il riait.
 Salut Nicky !
— Tu n’as pas pu t’en empêcher hein ?
Il répéta, imitant la voix de Sam :
 Balai, mon gentil balai … trop drôle vraiment !
Il disparut du buffet et réapparut près de Sam à qui il tendit une main qu’elle saisit pour se relever :
— Sans rancune ! Henry de la Grotte en feu. Vous êtes Sam n’est-ce pas ? Enchanté !
Il faisait les demandes et les réponses, seul sans se préoccuper de la surprise qu’il avait provoqué.
 Fermez la bouche Sam ! Il n’y pas de moustique en cette saison, mais on ne sait jamais ce qu’il peut arriver avec deux sorciers dans la maison.
Il éclata de rire et alla s’asseoir sur le fauteuil près de la cheminée, qu’il alluma d’un claquement de doigt.
 Un peu frais non ? Un café ? un thé ? Un chocolat ?
Sur la table apparut alors un petit déjeuner complet, avec pain, confitures, beurre.
 Installez-vous je vous en prie !
 Fais comme chez toi surtout, ironisa Nicky.
 Pour toi !
Un superbe bouquet de fleurs des champs apparut dans ses mains. Nicky le saisit et enfouit son visage dedans.
— Comme je les aime !
 Je n’oublie pas, tu le sais bien !
 Son regard n’était que caresse. Cet homme-là était fou amoureux et ça se voyait, d’ailleurs on ne voyait que ça et Sam se leva d’un bond furieuse tout à coup en réalisant que son amie le lui avait caché.
 Nicky ? C’est ton mec ? Et tu ne m’en as jamais parlé ? Moi, ton amie depuis toujours ?
Elle en avait les larmes aux yeux.
Stupéfaite, celle-ci considéra son amie, hésita pour finalement choisir de se taire.
Sam saisit alors ses clés de voiture posées sur la table et s’enfuit en claquant la porte. Nicky voulut la retenir :
 Laisse !
Henry leva la main et Sam réapparut face à eux, abasourdie.
 Qu’est-ce qu’il m’arrive ?
 Etourdie, elle avait de la peine à se tenir debout.
 Henry, tu n’aurais pas dû…
 Je ne me sens pas bien…
Elle s’effondra alors sur le sol.

 On fait quoi maintenant ? Aide-moi plutôt à la mettre sur ...
Henry claqua des doigts et Sam se retrouva allongée sur la banquette, un plaid écossais posé sur elle.
— Je n’ai jamais compris pourquoi tu t’entêtais à faire comme si tu étais une simple mortelle, ta vie serait tellement plus facile !
Nicky ne répondit pas. Son amie ouvrait les yeux et l’interrogeait du regard inquiète et quand son regard se posa sur Henry, elle voulut se lever, mais prise d’un vertige, elle préféra rester allongée.
 Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? murmura-t-elle
Nicky posa sa main sur son front, et son amie ferma les yeux.
— Bon maintenant, Henry, tu vas me dire ce que tu fais ici et à quoi ça rime tout ce cirque ?
 J’ai un marché à te proposer sœurette.
 C’est ton frère ? demanda d’une toute petite voix Sam.
Elle avait à nouveau les yeux ouverts.
 Oui, répondit son amie. Désolée de te l’avoir caché, mais c’était trop compliqué.
— Tu es vraiment une sorcière ? Et lui aussi ?
Le frère et la sœur opinèrent de la tête en même temps.
 Bon, je n’ai pas trop de temps à perdre Sam, j’ai un pari à relever.
 Non, ne me dis pas que tu as encore joué.
 Si, à Salem. J’ai rencontré Jordan, et j’ai fait un pari stupide.
— Je m’attends au pire venant de toi.
 Je l’ai perdu.
 Et …
 Il faut que je trouve une sorcière qu’il ne connaît pas et…
 Moi, Moi…
Sam levait la main comme à l’école, toute excitée.
 Tu n’es pas une sorcière, lui fit remarquer Nicky.
 Justement, son ami ne me connaît pas.
— Quelle idée fabuleuse ! s’écria Henry.
— Tu déraille là frérot, Sam n’est pas une sorcière.
 Oui, mais Jordan n’en sait rien.
— Et alors ?
— Je vais lui présenter.
— Mais… tu es idiot ou quoi ?  Il va s’en rendre compte tout de suite.
— Pas si vous me formez !
Sam était cette fois bien assise sur le canapé et les regardait dans les yeux.
— Vous n’avez qu’à m’apprendre tous les tours, jetez-moi un sort !
Les deux sorciers regardèrent la jeune femme. Nicky fit non de la tête alors que son frère avait le sourire jusqu’en haut des oreilles.
— Je ne suis pas d’accord Henry.
— C’est un jeu, ton amie ne risque rien. De toute façon, nous ne la laisserons jamais seule. C’est l’histoire d’une soirée pas plus.
—Tu crois vraiment que Jordan va se contenter d’une soirée ?
Henry balaya les objections de sa sœur, et se tourna vers Sam :
—Prête ?
Nicky leva les yeux au ciel, voulut attraper la main de son frère...

Un nuage de fumée les enveloppa tous les trois.


—Tu vas bien ?
Nicky regardait son amie.
—Je suis la même ?
Sam alla se regarder dans le miroir de l’entrée. Pareille, elle était semblable à la femme de tout à l’heure. Brune, les cheveux longs, pas moche, pas une beauté non plus à son goût.
— Bien sûr, les sorcières ne sont pas des « canons ».
— Je pensais quand même que je serais …
— Montre-moi un peu ce que tu sais faire ?  Claque des doigts, là, fais-moi apparaître des fleurs.
— Comme ça ?
Elle s’exécuta, mais rien ne se produisit.
— Normal, dit Henry qui venait de réapparaître, il faut que je sois toujours près d’elle.
Sam maugréa :
— Génial ! Une vraie nounou !
— Non mais, elle croyait quoi ta copine ? On ne devient pas sorcière d’un claquement de doigt, je vous ai jeté un sort qui n’agit que quand je suis près de vous, point. Bon, on se presse un peu, Jordan va arriver.
Nicky regarda son amie.
— Tu n’aurais pas dû, Sam !
— Mais si tu vas voir, on va bien s’amuser !

— Bonjour !
Un homme se tenait devant eux.
—Salut Jordan ! Il salua à tour de rôle son ami, Nicky puis se tourna vers Sam qui n’en menait pas large. Henry fit les présentations :
— Voici Sam ! La connais-tu ?
Le sorcier tourna autour de la jeune femme qui n’apprécia pas d’être évaluée ! Comme elle avait vu faire Henry précédemment, elle leva la main sur lui, et le stoppa net. Surprise par son don, elle faillit éclater de rire mais se rappela à temps qu’elle était censée faire ça tous les jours.
— OK, OK, sourit Jordan. Jolie sorcière, d’où venez-vous ?
Surprise par la question, Sam minauda :
— Aucune importance !
Il leva alors les bras, fit une incantation qui eut le don d’affoler le frère et la sœur. Henry ouvrit la bouche, Nicky n’eut le temps que de crier « Non », ils disparurent. Jordan et Sam étaient seuls.

C’est alors que JM le fils de Sam débarqua dans le salon :
— Dis-moi maman, tu n’as pas oublié que ce soir j’ai une soirée et que tu dois m’emmener chez …
— Vous avez un fils ?
—Non, ta mère est sortie JM, tu…
—Sa mère est sortie ? Nicky a un fils ? demanda Jordan surpris
— Non, pas Nicky… bégaya la jeune femme   
— Alors ? demanda Jordan
— Alors ? demanda JM
— Bon d’accord, c’est mon fils.
—Bravo, ça a l’air de te faire plaisir ! bougonna JM
— Mais non mon chéri, je t’expliquerai…
— Moi aussi j’ai une fille, dit Jordan.
—Elle s’appelle comment ?
— Emilie.
— Mais je vous connais…
 JM s’approcha de Jordan et lui tendit la main.
 — Bonjour, la soirée est justement chez vous ce soir, je vous ai déjà vu venir chercher Emilie au lycée, désolé de ne pas vous avoir reconnu.
Ils se serrèrent la main.  C’est à ce moment que Nicky et Henry ouvrirent la porte.
— Salut !
 JM s’approcha de l’amie de sa maman et l’embrassa.
— Je ne savais pas que tu connaissais le papa d’Emilie.
Il se tourna vers Henry, Nicky fit les présentations :
— Mon frère.
JM lui serra la main et se tourna vers sa mère :
— Maman, tu viens ?
Sam haussa les épaules et suivit son fils.

— Tu parles d’une sorcière !
— Et toi ? Je ne savais pas que tu avais une fille !
— Ce n’est pas un problème que je sache ! Elle n’est pas sorcière, avoue ! demanda Jordan
— J’avoue, c’est l’amie de Nicky !
— Ah Bravo ! Tu m’as trompé, alors j’ai gagné mon pari.
— Attends une seconde, tu te souviens quand on a fait ce pari stupide ?
—Hum ?
— Qu’est-ce que j’ai dit si tu gagnais ?
Jordan le regarda surpris.
—Je ne me souviens pas, rappelle-moi !
Henry éclata de rire.
— Où es-tu Jordan ? Allez, j’ai failli marcher…


Sam était rentrée chez elle après avoir amené son fils chez Emilie. Elle était furieuse que sa carrière de sorcière ait tourné si court. Elle allait se préparer son dîner :
— N’empêche, ce serait chouette, si le repas pouvait se préparer tout seul, une assiette sur la table, une tranche de jambon, de la salade…
Elle n’eut pas le temps de finir de parler que tout ce qu’elle avait demandé apparaissait devant elle.
— Alors ça !
Elle éclata de rire, et dit tout haut :
— Hop ! En pyjama !
Aussitôt dit aussitôt fait, elle était en pyjama. Son chat noir affolé disparut sous le buffet.
— Je suis une sorcière, je suis une sorcière !
Sam faisait la danse des Sioux au milieu de son salon en riant aux éclats. Elle s’approcha alors de sa cheminée et sourit :
— Comme dans Mary Poppin’s « chem cheminée chem chem… »
Elle n’eut pas le temps de réaliser qu’elle se retrouva perchée en haut de son toit, assise sur sa cheminée, un balai entre les jambes.
— Nonnnnnnnnnn !
Sam hurla, elle avait le vertige là-haut toute seule. Elle réfléchit et pensa très fort à son salon.
Hélas, elle était toujours sur la cheminée.

A suivre ...

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