Une maman qui prend soin d'elle. Qui aime écrire, lire et faire de la musique.

dimanche 18 février 2018

Ensembles, Muguette et Jasmin ?


Jasmin refit le chemin en sens inverse, la neige avait fondu fort heureusement. Il resta quelques minutes dans sa voiture puis appela Félicie. Il se félicita d’ailleurs d’avoir enregistré le numéro de sa collègue un jour qu’elle l’avait appelé pour signaler son absence.

Muguette allait et venait de sa cuisine au salon. Cheveux en bataille, visage bouffi par les larmes, sa ride du lion plus profonde que jamais, un mouchoir en boule dans la main droite et son portable dans la gauche. Quand on sonna à sa porte, elle resta plantée dans le hall d’entrée. Un deuxième coup de sonnette la fit sursauter. Un coup d’œil à l’extérieur la renseigna.
_ Pas la peine de venir, c’est inutile ! grinça-telle. Vous voulez encore me raconter des histoires à dormir debout, à d’autres, je ne suis pas idiote, fichez le camp !
Jasmin savait que ça n’allait pas être facile, il insista en laissant son doigt appuyé sur le bouton de la sonnette ce qui déclencha la fureur de la jeune femme qui ouvrit la porte en hurlant :
_ Vous n’avez qu’à tout casser tant que vous y êtes ! Vous êtes un malade vous !
_ Je peux entrer ?
Le calme de son interlocuteur la déstabilisa, elle s’écarta.
_ Merci.
Il entra dans le salon et se tourna vers elle.
_ C’est sympa chez vous !
_ Faites comme chez vous surtout ! Vous n’avez qu’à vous asseoir tant que vous y êtes.  Vous allez vouloir boire quelque chose aussi sans doute, comme deux bons amis que nous sommes. Mais nous ne sommes pas des amis, je ne vous connais pas, fichez le camp ! elle le foudroya du regard en lui indiquant la porte toujours ouverte.
_ Il ne fait pas chaud dehors, vous feriez mieux de fermer la porte, et nous pourrions peut-être discuter calmement.
Furieuse, elle riposta :
_ Vous arrêtez de commander ma vie, oui ? Je vous demande de partir, je n’ai rien à vous dire.
_ Moi si. Savez-vous que vous n’avez pas cessé de hanter mes pensées ? Oui, vous, avec votre caractère infernal ! Mais fermez-la …
_ Mais je rêve je suis chez moi et vous m’insultez !
_ Laissez-moi finir ma phrase, fermez-la donc cette porte, il fait un froid de canard et d’autorité il la reclaqua.
Ébahie, elle le regarda :
_ Vous ne doutez de rien vous !
_ Voulez-vous m’écouter ? Je vous assure que votre amie Félicie…
_ Ah, c’est elle qui vous envoie…
_ Mais laissez-moi donc terminer mes phrases bon sang ! Non, ce n’est pas Félicie qui m’envoie et…
_ Comment avez-vous eu mon adresse alors ? C’est bien elle qui vous a renseigné, ne dites-pas le contraire, vous n’aviez pas mon numéro.
Jasmin soupira, la bataille s’annonçait vraiment difficile, autant joué franc jeu tout de suite.
_ Effectivement, j’avais le numéro de Félicie. Je l’ai appelée pour avoir votre adresse. Elle n’est pas loin d’ailleurs, elle est toujours dans sa voiture garée devant chez Prune.
Muguette hocha la tête.
_ Je répète, votre amie n’était au courant de rien, je n’ai pas habitude de raconter à mes collègues ma vie personnelle.  Je vous ai laissé ma carte en espérant que vous la trouveriez, mais il ne m’en restait qu’une de ce fichu imprimeur…
_ Sur Internet, vous savez qu’on peut avoir des cartes de visite à s’imprimer…
_ Vous n’en avez pas assez de m’interrompre tout le temps ?
_ Pour ce que j’en dis, et puis après tout je m’en moque…
_ Je reprends, j’ai laissé ma carte et quand je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas mon adresse, j’étais …
Elle éclata de rire et tout se suite, elle devint plus jolie en perdant son air bougon.
_ Ne me dites pas que vous étiez malheureux je ne vous croirais pas, on a passé l’âge quand même de tomber amoureux comme ça.
_ Vous m’aviez bien dit que vous aussi vous désiriez me revoir…
Muguette rougit.
_ En fait… Elle se rendit compte qu’il ne connaissait toujours pas son prénom. Jasmin la regardait interrogateur.
_ Je me suis dit que je ne pouvais pas laisser passer quelqu’un qui s’appelait Jasmin parce que…Je m’appelle Muguette.
Stupéfait, il éclata de rire.
_ Vous vous moquez de moi ?
_ Non, je sais c’est nul !
_ Vous faites toute une histoire parce que je m’appelle Jasmin de la Rochefleurie et ma sœur Pétunia, et vous, votre prénom est Muguette ?  Vous me recherchiez parce que … Il réalisa alors ce que sous entendait la jeune femme. Furieux, il l’apostropha :
_ Ce n’est pas vrai ? Vous pensiez que nous étions faits l’un pour l’autre parce que j’ai un prénom de fleur ?
_ Effectivement dit comme ça… marmonna Muguette.
Il se laissa tomber dans le canapé, enleva son manteau qu’il n’avait toujours pas quitté, et dit :
- Finalement, je prendrais bien quelque chose à boire. 
Pendant qu’elle s’activait dans sa cuisine, Muguette ruminait. C’est vrai que c’était idiot cette idée de Muguette et de Jasmin. Elle le regarda à la dérobée et s’étonna de le trouver plutôt bel homme, elle ne l’avait vraiment pas bien regardé toute occupée qu’elle était à vouloir le récupérer à cause de son prénom, mais quelle nulle. Elle repensa à son amie Lally. Elle serait là, elle se moquerait bien d’elle et elle aurait bien raison. La cafetière à la main, elle vint s’asseoir en face de Jasmin.
_ Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda la jeune femme consciente du ridicule de la situation
_ C’est à vous de me le dire, répondit Jasmin en se servant de café.
Elle le regarda faire et se rendit compte qu’il semblait vraiment à l’aise chez elle comme si, il était à sa place. Leurs yeux se rencontrèrent, ils se sourirent.
_ On a vraiment mal commencé hein ? murmura Muguette
_ On peut dire ça comme ça ! Bon, si on reprenait tout depuis le début…
_ Vous voulez dire dans le bar, pour prendre un petit déjeuner ?
Il se leva et lui tendit la main.
_ Demain, vers 9 heures, même endroit que l’autre fois, ça vous va ?
_ Il ne pleuvra pas j’espère ?
_ Pourquoi ? Il pleuvait quand je vous ai rencontrée non ?
_ A demain alors ?
Il l’embrassa sur la joue et lui demanda :
_ Votre numéro de téléphone au cas où ?
Elle lui donna et il l’appela aussitôt pour qu’elle ait le sien, un dernier signe de la main, et il la laissa. Elle courut derrière lui :
_ C’est tout ? Vous ne me dites rien ?
_ N’oubliez pas, on ne se connaît pas encore … Il monta dans sa voiture, elle repartit vers sa maison.

_ Tu l’as publiée ? criait Pétunia au téléphone, tu m’avais promis de ne pas le faire…

mercredi 14 février 2018

Une belle histoire - Dix ans plus tard



C’est un beau roman, une belle histoire…Sur l’autoroute des vacances… sans doute un jour de chance… Lui dans le brouillard… elle dans le midi…
Jamais revus. Pas de téléphone, pas d’adresse, pas de Facebook.

Dix ans plus tard. Même autoroute des vacances.

Il est accompagné.
Elle a deux enfants.
L’aire est bondée d’automobilistes arrêtés qui vont soit faire le plein d’essence, soit aller prendre un petit déjeuner à la cafétéria.

Sa compagne reste dans la voiture. Il sort prendre un café.

Les deux enfants dorment et grognent quand elle tente de les réveiller. Elle leur signale qu’elle va leur rapporter des croissants.

Ils se sont croisés … devant les toilettes de la station-service.  Ils ont échangé un regard. Elle est entrée chez les dames, il sortait de chez les hommes.  Il s’est attardé devant le présentoir des journaux.
Elle se regarde dans le miroir. Elle se trouve une mine fatiguée.  Elle se lave les mains et se remet un peu de rouge à lèvres.

Du coin de l’œil, il la voit sortir. Du coin de l’œil, elle l’aperçoit.
Il s’approche d’elle. Elle lui sourit.

Ils se sont raconté … la vie qui continuait, ils n’étaient plus des enfants. Elle en élevait seule deux, des jumeaux. Un garçon et une fille. Non, lui n’avait pas d’enfants, un divorce en cours, il est médecin et part rejoindre son beau-frère, sa sœur est dans la voiture. Elle, elle est hôtesse d’accueil dans un hôtel, ce n’est pas facile tous les jours avec ses horaires, mais heureusement elle a ses parents qui peuvent s’occuper des enfants. Elle leur achète des croissants d’ailleurs, il l’attend à la caisse.

Pas de champ de blé, juste une cafétéria bondée aux odeurs de café et de viennoiseries. Ils sortent et vont rejoindre chacun de leur côté leur voiture pas très éloignée l’une de l’autre. Pas de signe de la main, juste…

Comme un ballet bien réglé, sa sœur qui sort du véhicule, puis ses enfants à elle qui encore tout ensommeillés aussi. Ils demandent où sont les croissants qu’elle leur tend en souriant. Ils remontent alors dans la voiture et elle s’assoit au volant puis démarre.

- C’est fou ce qu’ils te ressemblent ces gamins, on dirait toi petit !  

Il regarde la voiture disparaître, il n’a toujours pas son adresse ni son téléphone.


lundi 12 février 2018

C'est du Mélo !



- J’ai tout gâché ! murmure Muguette, seule chez elle.
- Je n’ai rien compris à ce qui s’est passé. Ils se connaissaient tous ? demande Prune complètement déprimée par l’épisode qui vient de se dérouler sur la place devant la piscine.
- Réponds Muguette ! Je t’assure que je ne savais pas … Félicie inquiète par le silence de son amie se désespère dans sa voiture.

Trois femmes différentes. Deux amies et une qui aurait pu le devenir.
Quel mélo !
Muguette folle de rage plantait Félicie, Prune et Jasmin sur la place, en hurlant à qui voulait l’entendre qu’il ne fallait pas la prendre pour une idiote.
Prune surprise et très mal à l’aise par les regards que leur jetaient les passants restait muette bras ballants, les larmes aux yeux.
Et Félicie qui connaissait bien les colères de son amie et savait qu’il ne fallait pas intervenir perdait peu à peu son sourire car Muguette allait beaucoup trop loin.
Elle n’essaya même pas de la retenir quand elle partit à grandes enjambées appeler un taxi qui par bonheur passait par là.

- J’ai tout gâché ! répétait Muguette assise sur le tapis de son salon. Elle regardait son téléphone qui ne cessait pas de sonner. Elle savait qu’elle était allée beaucoup trop loin avec Félicie. Mais quelle idée aussi de s’appeler Jasmin de la Rochefleurie et de travailler aux impôts. Elle n’en avait pas cru un mot, surtout pas après qu’elle ait appris que sa sœur s’appelait Pétunia. Franchement, elle n’était pas idiote. Jasmin et Pétunia. Elle qui croyait que pour la Saint Valentin, elle ne serait pas toute seule. Ah Lally avait bien raison. Quelle cruche !

Prune était reparti avec son fils.
- Complètement folle cette fille ! Pétunia dans la voiture de son frère qui ne desserrait pas les dents parlait toute seule. Tu n’as même pas répondu quand elle a traité nos parents de fous-dingues. Quand même quel culot ! C’est la première fois que …
- Tais-toi s’il-te-plait !
- Mais Jasmin…
- Tais-toi !
- D’accord, d’accord, tu me ramènes chez les parents ?
- Oui !
Et le silence s’installa.
- Génial ! murmura la jeune fille. Mais un SMS de Fred lui fit retrouver le sourire. Ils trouvaient trop amusant la scène qui venait de se passer sur la place, le coquin avait tout filmé avec son téléphone.
- Tu ne peux pas le mettre sur Internet insistait Pétunia, en plus ça n’intéressera personne et finalement tout le monde va se moquer de mon frère, moi ça me fera de la pub mais lui au boulot, il va être furieux, tu sais aux impôts, ce n’est pas des rigolos !
- D’accord mais je la garde pour plus tard peut-être…
- Promets de ne pas la diffuser ?
- Promis… pour l’instant !


vendredi 9 février 2018

A l'aide Félicie !



Muguette est encore sous le choc de sa rencontre avec Prune. Non pas qu’elle ne soit pas remise de sa chute, mais parce qu’elle avait retenu que sa voisine connaissait Jasmin. Comme toujours dans ces cas-là, elle saisit son téléphone et appela Félicie.

- Devine quoi ? Muguette ne se présenta même pas. Si elle s’était trompée de numéro, c’était pareil. Elle aboya dans le téléphone :
- J’ai rencontré quelqu’un qui va à la piscine avec Jasmin. C’est super non ?
Félicie qui s’apprêtait elle aussi à affronter la neige en laissa tomber ses clés de voiture et s’écroula dans le premier fauteuil venu. « Ouf, pensa-t-elle, ce n’est pas donc le Jasmin du Bureau, tant mieux, parce que j’aurais dégusté ! »
- Ah, il habite dans ton coin, génial !
- Je n’en sais rien ça s’il habite par ici. Si je vais à la piscine tu m’accompagnes ? C’est couvert et chauffé, précisa-t-elle, se rappelant la réflexion de Prune.
- Mug ? Tu n’as rien oublié ?
- Ne fais pas ta rabat-joie, quoi encore ?
- Tu ne sais pas nager.
- Bah, ça s’apprend vite non ?
- Mug ? Tu as peur de l’eau, voilà pourquoi tu ne sais pas nager.
Muguette à son tour s’affala dans son fauteuil. Elle n’avait pas pensé à ça.
- Allo, tu es toujours là ?
- Comment je vais faire alors ?
- Mais es-tu certaine au moins que c’est bien le Jasmin que tu as rencontré ?
- Il ne doit pas y en avoir des mille de mecs qui s’appellent comme ça, tu ne crois pas ? ronchonna Muguette, il faut être complètement zinzin pour appeler son fils « Jasmin ». Il ne manquerait plus qu’il ait une particule.
Félicie pensa à son directeur des impôts. Il avait bien une particule lui, et il s’appelait Jasmin.
- Tu veux que je vienne ? J’allais prendre la voiture de toute façon.
- Avec la neige ce n’est pas prudent. Je ne voudrais pas qu’il t’arrive un accident, de toute façon tu ne peux rien faire, je ne vais pas apprendre à nager dans la minute… Quelle idiote d’avoir cette phobie de l’eau.
- Tu sais, on peut aller à la piscine sans se baigner et s’installer dans les gradins.
Muguette se leva d’un bond et tapa dans ses mains, son téléphone lui échappa alors des mains.
- Tu es toujours là ?
- Oui, oui. Muguette avait récupéré son portable et hurlait dans l’appareil. Viens, alors. Mais tu ne dis pas que je ne sais pas nager hein ?
- Elle habite où ta voisine ? Tu veux que je te récupère là-bas ?
- Non, je vais y repartir à pieds pour lui dire que je vais les rejoindre plus tard et elle raccrocha.
Félicie soupira. Elle ferait ses courses plus tard. Elle avait l’habitude avec Muguette. Elle sifflait et elle, elle rappliquait. C’était vrai aussi dans l’autre sens.

Muguette marchait doucement. Pas question de s’étaler encore. Elle n’habitait vraiment pas loin Prune. Elle s’approcha et n’aperçut pas de voitures devant chez elle. Décidée, elle sonna à la porte.
Il n’y avait personne. Déçue, elle repartit dans l’autre sens.

- Tu en as mis du tu temps ! Félicie venait de se garer devant chez Muguette qui faisait des aller- retour depuis au moins vingt minutes.
- Je ne sais pas si tu te rends compte qu’il y a de la neige, je n’avais pas envie de…
- Bon, allez, on y va. Je le sais qu’il y a de la neige !
Félicie ne se formalisa pas de l’accueil de son amie et prit la direction de la piscine.

- Regarde, elle est là. Muguette ouvrit la portière avant que la voiture ne soit arrêtée.
- Tu es folle !
Muguette avait sauté de la voiture en marche et faisait de grands signes en appelant Prune qui alertée se retourna.
- Finalement vous êtes venue ? Vous n’avez plus mal à votre cheville et vous n’avez plus peur d’avoir froid ?
- Oui j’ai changé d’avis ! Mais je ne vais pas me baigner, c’est mon amie qui a insisté…
Félicie qui arrivait tendit la main à Prune et se présenta.
- Félicie ? Quelle surprise ?
La jeune femme se retourna.
- Monsieur…
- Pas de Monsieur, appelez-moi Jasmin !
Muguette ouvrit de grands yeux et fronça les sourcils. Félicie sentit l’orage arriver.
- Tu le connais ? Quelle amie tu fais. Vraiment, tu me déçois !
Jasmin n’en croyait pas ses yeux. Il avait devant lui la jeune femme qui ne quittait pas ses pensées depuis quelques jours. Elle avait l’air très énervée. Elle se tournait d’ailleurs vers lui et l’apostrophait vertement :
- Depuis quand on laisse sa carte de visite sans ses coordonnées ? Vous vivez dans quel monde ? Comment voulez-vous que je vous rappelle moi ?
- Ah vous vouliez me revoir ? demanda-t-il goguenard, je suis heureux de l’apprendre.
Muguette rougit violemment. Elle ignora la question.
- Toi Félicie, que dis-tu pour ta défense ?
- On y va à la piscine ? demanda timidement Prune que la situation dépassait complètement.
- Non d’abord explique-toi, ordonna Muguette.
- Mais il n’y a rien à expliquer répondit celle-ci, tu l’as dit toi-même, tu ne connaissais pas le nom de Jasmin, je ne pouvais pas savoir qu’il s’agissait de lui.
- En fait, renchérit Jasmin, je travaille avec votre amie. Faisons les présentations, Jasmin de la Rochefleurie, et je suis le chef du centre des impôts et je vois Félicie tous les jours.
- C’est ça, et je suis la reine d’Angleterre. Avec un nom pareil, aux impôts, vous me décevez, trouvez mieux. Muguette éclata de rire et répéta :
- Aux impôts ? Non, mais je rêve … Devant le silence qui s’installa, elle interrogea son amie du regard qui hocha la tête.
- Et voici ma sœur Pétunia.


jeudi 8 février 2018

Comment Muguette rencontra Prune



- Qu’ils sont donc gamins !
Muguette obligée de sortir parce que ses placards sont vides fait bien attention de ne pas glisser et regarde avec méfiance les deux adolescents qui se bombardent de boules de neige.
Et vlan, elle en reçoit une en pleine figure. Aveuglée et furieuse, elle se retourne brutalement pour invectiver les coupables et se retrouve les quatre fers en l’air dans la poudreuse.
Aussitôt le couple s’approche hilare. Leur rire s’efface rapidement devant la tête furibarde de la propriétaire aux cheveux emmêlés qui lui cachent les yeux. A quatre pattes dans la neige, elle tente désespérément de se relever. Le garçon lui tend une main secourable.
- Désolé ! Je vais vous aider.
Muguette vexée voudrait bien refuser, mais elle met son amour propre dans sa poche et accepte.
Une fois debout, elle regarde les adolescents.
- Vous êtes contents de vous ?  Franchement, ce n’est pas drôle !
- Vous n’êtes pas blessée ? demande la jeune fille.
- Heureusement.  Bon, où sont mes courses ? Elle regarde avec désespoir ses achats échappés de son cabas.
- Je vous les ramasse.
A ce moment, une jeune femme sort de la maison située de l’autre côté de la route.
- Vous n’êtes pas blessée ? Venez vous mettre au chaud. Elle se tourne alors vers le jeune homme :
- Franchement Fred, tu exagères.
- Oh ça va, on ne l’a pas fait exprès !
- Tu parles ! ronchonne Muguette qui n’ose pas avouer que sa cheville l’a fait souffrir.
- Venez je vous offre un café, ça vous réchauffera. C’est vrai que cette neige nous a surpris ce matin.
Muguette ne pipa mot et suit tant bien que mal la jeune femme et le couple d’adolescents.
Une fois installée dans la cuisine et la chaleur aidant, sa colère refit surface :
- C’est malin de lancer des boules de neige sur les passants…
- Je vous présente mon fils Fred et sa copine Pétunia. Moi c’est Prune.
- Muguette !
Prune éclata de rire. Muguette bougonna :
- Oui je suis née un premier mai. Mes parents n’ont rien trouvé de mieux que de m’appeler Muguette, heureusement que je suis une fille. Vous m’auriez vu m’appeler Muguet ?
- Mes parents aussi nous ont donné des prénoms de fleurs, dit Pétunia.
- Prune, ce n’est pas non plus un prénom facile remarqua Muguette, heureusement que vous n’habitez dans la rue des Bananiers.
- Mais si justement, répondit Prune.
- Non ?
Muguette éclata de rire à son tour.
- Et vous, vous habitez dans le coin ?
- La rue d’à côté… Oui je sais, c’est la rue des Mimosas !
Les deux jeunes femmes riaient.
- J’ai vu que vous boitiez légèrement, vous ne voulez pas un peu de glace ?
- Non, merci ! Je vais repartir.
- Si vous voulez je vous raccompagne, toutes les deux, ça ira plus vite. Prune enfila un manteau et saisit le sac à provisions de Muguette.
- Je vous le porte, ce sera plus facile pour vous de marcher.
- Vous êtes toujours comme ça ? demanda Muguette les sourcils froncés.
Surprise, Prune la regarda :
- Toujours comme ça ? Vous voulez dire quoi ?
- Gentille, souriante… Moi je râle tout le temps.
- Je ne trouve pas …
Les deux jeunes femmes se turent jusqu’à la porte de Muguette.
- C’est là, je vous remercie. Indécise, elle hésita. Prune lui plaisait bien et elle se sentait souvent seule dans ce quartier, Félicie n’habitait pas là.
- Vous désirez entrer ? demanda finalement Muguette.
- Pourquoi pas ?
A ce moment précis son portable sonna. Elle répondit à l’appel.
- Désolée, c’était mon fils. J’avais oublié que le frère de sa copine devait passer. Nous allons ensemble à la piscine. Son visage s’éclaira. Mais venez donc avec nous, ça ne pourra que faire du bien à votre cheville.
- Avec cette neige, je vais rester au chaud. Vous allez vous baigner par ce froid ?
- Vous savez la piscine est couverte et chauffée sourit Prune, mais n’hésitez pas si vous changez d’avis.
Prune repartait quand elle cria à la jeune femme :
- Vous savez plus on est nombreux, plus on se motive, en plus Jasmin est un très bon professeur. Sur ces paroles, elle laissa Muguette et traversa la rue.



mercredi 7 février 2018

Quand Lally s'invite chez Muguette

Lally est l'héroïne que vous trouverez sur Facebook dans Le Monde de Solène
Je remercie son auteur Solène Vosse d'avoir accepté de  la partager 





- Allo ?
- Lally, c’est toi ? T’as vu l’heure qu’il est ?
Muguette en boule dans son lit n’ouvre même pas les yeux. Pour appeler à trois heures du matin, ça ne peut être que sa copine Lally.
- Tu m’écoutes ?
Résignée Muguette essaie de s’assoir confortablement, car elle le sait ça va être long. Se penchant pour attraper son oreiller qui a valsé au bout du lit, elle se casse la figure. Etouffant un juron et se frottant la tête, elle décide d’aller s’installer face à sa fenêtre et d’écouter son amie.
- T’es tombée ?
- Ouais ! Pas grave, allez raconte !
- Tu m’ouvres ?
- Quoi ? Tu es là ?
- Ouvre j’ai froid.
Muguette tout en rouméguant, enfile un pull XXL et descend ouvrir la porte à Lally.
- Tu m’étonnes que tu sois frigorifiée, regarde comment tu es habillée, en treillis et basket, même pas de manteau. Entre, je vais te faire du chaud. Tu veux boire quoi ?
Lally ne répondit pas et grimpa dans la chambre de son amie et se pelotonna dans son lit.
Muguette la rejoignit avec une tasse de chocolat chaud dans la main.
- Ne me demande rien, j’avais juste envie d’être avec toi…
Muguette ne dit pas qu’elle était fatiguée, que demain elle devait se lever tôt, qu’elle était de mauvais poil, qu’elle exagérait quand même de débarquer comme ça chez elle. Non, Muguette ne dit rien de tout ça, elle s’allongea à côté de Lally.
- Tu sais, j’ai rencontré un mec…
- Méfie-toi, c’est nul les hommes !
- Je sais bien mais celui-là… il s’appelle Jasmin.
Lally se releva d’un bond :
- Tu me fais une blague ?
- Mais non.
- Jasmin ? Mais Muguette ne me dis pas que tu vas choisir un homme parce qu’il s’appelle Jasmin et que tu t’appelles Muguette. T’es encore plus conne que moi ! Je croyais être la reine mais alors là, tu es la chef d’escadrille ! Et Lally se recoucha.
Muguette vexée :
- Eh toi ? tu débarque chez moi comme ça, je t’accueille avec un bon chocolat chaud que tu ne bois même pas, tu pourrais au moins me dire merci et en plus tu m’engueules !
- Désolée !
- Désolée ? Je suis peut-être la chef d’escadrille des connes, mais toi … toi…
Muguette en bégayait de rage.
- Tais-toi Muguette je suis fatiguée, je voudrais dormir !
- OK, dors ! je descends. 
Muguette se leva en faisant valser la couette et sortit en claquant la porte.
Elle s’installa dans son fauteuil favori, saisit le plaid abandonné et ferma les yeux.
Cinq minutes plus tard, elle appelait Félicie. Il était trois heures trente du matin.


mardi 6 février 2018

Il était... des fois



Petit Paul a cinq ans et comme tous les soirs, il demande une histoire avant de s’endormir. C’est papa qui s’y colle aujourd’hui. Il saisit un livre dans l’étagère…
- Non pas une histoire dans un livre. Invente.
Papa soupire. Il n’a pas beaucoup d’imagination et surtout pas trop envie de se creuser la tête.
- Tu veux que j’appelle maman ? Il est déjà debout, mais Petit Paul le rattrape par la main.
- Non, toi !
Résigné, papa se lance :
- Il était une fois…
- Pourquoi une fois ? Tu ne peux pas changer, c’est toujours pareil que ça commence. Le petit garçon est bien assis dans son lit et regarde plein d’espoir son papa.
- Alors ?
- Il était … deux fois ?
- C’est nul papa. Commence par : il était des fois que j’aimerais… avoir un chien.
- Ah d’accord, c’était donc ça ! Il était des fois un petit garçon qui n’arrêtait pas de répéter qu’il voulait un chien.
- Des fois que son papa changerait d’avis, continue Petit Paul plein d’espoir.
- Des fois que le petit garçon commençait sérieusement à énerver son papa.
- Des fois que le papa n’aurait pas entendu.
- Des fois que le petit garçon n’aurait pas compris que ce n’était pas possible.
- Des fois que le papa voudrait que le petit garçon ne soit pas malheureux, insista Petit Paul les larmes aux yeux.
- Des fois que le petit garçon joue bien la comédie avec ses yeux tout tristes.
- Mais je pleure vraiment…
- Des fois qu’il faudrait peut-être s’endormir.
- Des fois que tu ne m’aimes plus.
- Des fois que tu dis n’importe quoi.
- Non c’est pas vrai, sinon tu me l’achèterais le chien.
- Petit Paul maintenant ça suffit, tu te couches des fois que je me fâcherais pour de bon et que tu n’aurais jamais de toutou.
Le petit bonhomme releva la tête :
- T’as dit quoi ?
- Tu dors maintenant. Papa l’embrassa et éteignit la lumière.
- Tu changeras peut-être d’avis hein papa, murmura Petit Paul, des fois que je serais vraiment sage et que je n’en parlerais plus jamais ?


vendredi 2 février 2018

Prune et les crêpes


Prune est à la bourre comme d’habitude. Ménage, courses, son fils à récupérer et … la pâte à crêpes à préparer.
- Tu n’oublieras pas hein maman ?
Bien sûr que non. Prune sourit toute seule. Elle se rappelle les crêpes avec sa maman. D’ailleurs c’est toujours sa recette. Par contre, elle est moins douée. Il paraît qu’avec un louis d’or dans la main elle aura de l’argent toute l’année, alors seule dans sa cuisine elle s’entraîne, parce que ça va être la franche rigolade face au mari Thomas, au fils Fred et à la copine Pétunia qui vient participer aussi, si elle se prend les crêpes sur la tête.
Prune a envie de rire à chaque fois que Pétunia arrive accompagné de Fred. Ce n’est pas sa petite amie qu’il s’entête à répéter. Mais Prune trouve qu’ils se regardent bien tendrement ces deux-là. Son prénom pas courant lui va bien. Mais quelle idée ont eu les parents de l’appeler ainsi. Enfin, ce n’est pas son problème et la jeune fille semble bien l’accepter. Prune a rencontré son frère à la piscine. Il est le nouveau chef du Centre des Impôts. Ils ont nagé ensemble, parce qu’il était tôt et qu’ils n’étaient que tous les deux dans le bassin. Mais Prune ne lui aurait jamais adressé la parole si elle n’avait pas manqué de s’étaler sur le sol glissant et qu’il l’avait rattrapé de justesse. Sacrée différence d’âge entre le frère et la sœur.
Les pensées de Prune vagabondent. Elle s’est mise au sport comme prévu mais question régime, avec les crêpes qui arrivent, elle ne va pas encore oser monter sur cette satanée balance qui la nargue.

Et vlan ! encore une de ratée. Mais comment ils font pour les faire sauter. Prune n’est franchement pas douée. Elle se l’est prise sur la tête, génial !
- Mais maman ! Fred et Pétunia éclatent de rire.
- Attends, j’essaie.
- C’est quoi l’histoire du Louis d’or ? demande Pétunia
- Demande à maman, répond Fred en étalant la pâte à crête dans la poêle.
- N’en mets pas autant, râle Prune vexée, elle va être trop épaisse.
- Alors c’est quoi cette histoire de louis d’or ? insiste la jeune fille.
Prune raconte que ses parents lui ont toujours dit que si elle réussissait à faire sauter sa crêpe sans la faire tomber avec la pièce dans la main, elle aurait de l’argent toute l’année.
- Et ça marche ?
- Bah, on n’est pas pauvre, répond Fred en riant.
Prune admire son fils dont la crêpe a fait un double saut périlleux et est revenue dans la poêle.
- A toi maman !
- Vas-y plutôt toi Pétunia.
L’ambiance est fort sympathique. L’odeur des crêpes se répand dans la maison, la pile augmente petit à petit, et même Thomas, le mari de Prune est de la partie. Lui, il préfère les manger, mais Prune lui tape gentiment sur la main à chaque fois qu’il tente de s’emparer de la gourmandise.
- Mets plutôt la table, lui glisse à l’oreille sa femme.
- Tu restes avec nous Pétunia ?
- Ben non c’est gentil, je repars avec mon frère qui vient me récupérer
Prune hoche la tête. C’est à ce moment que la sonnette retentit.
Jasmin de la Rochefleurie entre alors dans la cuisine et serre la main de Thomas, embrasse sa sœur et se tourne vers Prune.
- Mais on s’est rencontré à la piscine, non ? demande-t-il en souriant.
- Exact, rougit Prune. Pourvu qu’il ne raconte pas que j’ai failli m’étaler, je vais encore avoir l’air cruche, pensa la jeune femme.
- Je ne savais pas que vous étiez la maman de Fred.
- Et moi je ne savais que vous connaissiez ma femme, sourit Thomas.
- En fait…
- Voulez-vous goûter une de mes crêpes ? l’interrompit Prune.
- Dis oui Jasmin, elles sont super bonnes.
Un silence s’installa alors dans la pièce. Prune sentit le fou rire la gagner. Elle lâcha la crêpière.
- Non ? Vous vous appelez Jasmin ? Pas possible. Vous êtes nombreux comme ça dans la famille ?
Devant sa famille ébahie, Prune éclata de rire, et les larmes se mirent à couler. A chaque fois qu’elle regardait Pétunia et son frère, son rire repartait de plus belle.
- Excusez-la. Thomas très gêné ne savait plus quoi dire.
- Laissez, j’ai l’habitude. Avec beaucoup d’humour, il ajouta :
- Jasmin de la Rochefleurie, et je suis le nouveau chef de centre des Impôts.
- Alors là … c’est le bouquet ! murmura Prune en s’essuyant les yeux.


jeudi 1 février 2018

Février, le gamin !


- Ah te voilà gamin !
- Arrêtez de m’appeler « gamin », je sais bien que je n’ai que 28 jours. Ce n’est pas de ma faute quand même.
- Tu recommences. Tu pleurniches, il pleut déjà assez comme ça !
Février, petit bonhomme bedonnant avait les yeux plein de larmes continuellement. Mois de Neptune, mois des pluies, on ne l’aimait guère sauf peut-être les agriculteurs. Il se devait d’être froid et pluvieux pour que les récoltes soient excellentes.
- N’empêche, t’es un gamin !
Voilà pourquoi Février se mettait en colère et que neige, inondations, tempêtes faisaient rage. Il n’en pouvait plus de se faire traiter de « petit » de « pitchoun », alors il se mettait en colère. Pluies continuelles tombaient de ses yeux gonflés et vent violent soufflait de ses joues rebondies. Pourtant, c’est grâce à lui que les maisons se remplissaient de bonne odeur de crêpes et que les enfants se régalaient. Il était heureux quand il les voyait s’entrainer à les faire sauter et qu’éclats de rire et mines barbouillées de chocolat lui chatouillaient les narines et les oreilles.
Quand son ami Mars ne lui chipait pas la primeur du carnaval, c’est à lui que revenait cet honneur et il en était fier, mais malheureusement ça n’arrivait pas tous les ans. Encore une histoire de calendrier. Celui-là, le calendrier, il le « gonflait » sérieusement ! Il ne savait ce qu’il lui avait fait, mais au gré de ses envies, il perdait des fêtes. Il ne l’aimait pas « le calendrier ».
Mais ce qu’on ne sait pas, et ça Février le cachait bien, c’est qu’iI était un incorrigible romantique et le 14, il adorait voir les amoureux se faire des cadeaux. Il se faisait alors coquin et joueur en soufflant des intentions aux amoureux étourdis. C’est lui qui guidait leurs pas chez les fleuristes, chez les bijoutiers, dans les petits coins calmes et douillets. Son cœur battait alors la chamade au même rythme que ces couples qui s’embrassaient, riaient, et il répandait alors une nuée d’étoiles dans leurs yeux.
- N’empêche, t’es un gamin !
- Fous le camp Janvier ! Et février s’installa, les yeux remplis de larmes.