Une maman qui prend soin d'elle. Qui aime écrire, lire et faire de la musique.

dimanche 23 septembre 2018

Rencontre en automne de Muguette et Petit Paul




Muguette tourne en rond. Petit Paul n’est pas rassuré.
Ils ne se connaissent pas. Pourtant, ils ont une chose en commun. Ils ont été créés tous les deux par La Plume.
C’est aujourd’hui l’automne et La Plume a imaginé leur rencontre.
Dans un parc ? Sur un banc ? Ils ont tous les deux un caractère bien trempé. L’un a cinq ans et l’autre trente-cinq. Lui, il pose des questions à son papa. Elle, elle ne s’en pose pas de questions, elle affirme. Alors…

— Brr il ne fait pas chaud, si j’avais pensé à me couvrir davantage aussi !
— Pourquoi tu parles toute seule ?
Muguette se retourne et ne voit personne.
— J’ai bien entendu parler quand même, je deviens folle, maugréa-t-elle.
— Non, je suis là. Baisse les yeux, tu me verras. Je suis plus petit que toi.
Un petit garçon la fixait. Chapeau sur la tête, les bras dans le dos, il ne baissait pas les yeux.
— Tu parles toute seule, je t’ai entendu. Tu disais que tu avais froid. Tu sais, c’est normal, l’été est fini. Regarde, j’ai un chapeau.
Muguette regarde ce petit bout d’homme qui ne la lâche pas des yeux.
— Tu as perdu tes parents ?
— D’abord on dit bonjour, mon papa m’a dit que c’était la première chose à dire quand on parlait avec quelqu’un.
— Il n’a pas dit aussi de ne pas parler à des inconnus ? siffla Muguette
— T’es en colère ?
Elle soupira.
— Non, bien sûr que non, je ne suis pas fâchée. Bon, reprenons alors. Bonjour ! Mais je te signale quand même que c’est toi le premier qui m’a parlé et qui ne m’a pas dit bonjour.
— C’est pas vrai, tu disais que tu avais froid.
— Je ne te parlais pas à toi !
— Alors pourquoi tu parles toute seule ?
Muguette soupira. C’était bien sa chance de tomber sur un petit bavard comme ça. Elle le regarda mieux. Qu’est-ce qu’il était mignon ! Inconsciemment, elle posa sa main sur son ventre toujours aussi plat.
— Comment tu t’appelles ?
Le petit garçon l’interpellait à nouveau. Il marchait près d’elle dans le parc. Sans s’en rendre compte elle avait calqué son pas sur le sien.
— Et toi ?
— J’ai demandé en premier.
Muguette sourit, elle se revoyait petite avec…
— Alors tu t’appelles comment ?
— Muguette.
— C’est pas ta fête alors ! Le muguet c’est pas en automne. C’est joli, j’aime bien.
— Et toi alors ? Tu veux bien me le dire ?
— Petit Paul. Enfin, Paul ! Mais papa et maman m’appellent toujours Petit Paul.
— C’est joli Petit Paul et ça te va très bien.  
— Tu as des enfants ?
Surprise par la question, Muguette resta muette. Petit Paul éclata de rire.
— Tu sais plus si tu as des enfants ? T’es drôle quand même !
Elle rit avec lui. Il gambada plus loin et s’assit sur un banc et lui fit signe de s’approcher. Assise près du bambin, il se pencha alors à son oreille :
— Si on fait pas de bruit, on va voir les écureuils. C’est la saison des noix et des noisettes, ils adorent venir les piquer dans les arbres.
Ils restèrent silencieux quand effectivement, une bestiole rousse à la queue touffue dégringola artistiquement du noyer en face d’eux. Il tenait sa gourmandise entre ses pattes. Petit Paul chuchota à l’oreille de sa nouvelle amie :
— Regarde, il n’a même pas peur.
— Tu aimes bien la nature et les animaux à ce que je vois. Tu viens souvent ici ?
— Oui, j’ai la permission quand j’ai été sage. Ma maison est là-bas, regarde. Papa est sur la terrasse, il me surveille. Et toi, tu habites loin ?
— Rue des Mimosas. Tu sais où c’est ?
— Je crois que l’école où je vais est par là.  Dis tu aimes bien l’automne ?
— Elle est ma saison préférée après le printemps.
— Le printemps, c’est quand il y a les chocolats ?
Muguette sourit.
— C’est ça oui ! Alors en automne, il y a quoi ?
— Les feuilles qui tombent.
Petit Paul exhala un profond soupir.
— Et puis il y a l’école.
— Tu n’aimes pas l’école ?
— Si, mais je préfère rester à la maison. J’ai deux copines tu sais. Pilou et Millie. Et toi tu as des copains ?
Muguette sourit à nouveau devant ce petit bonhomme qui ne la lâchait pas du regard.
— J’ai un amoureux.
— Il s’appelle comment ?
— Jasmin.
— C’est chouette, Muguette et Jasmin, c’est rigolo quand même. Il sent bon Jasmin ?
Il ne la laissa pas répondre et enchaîna :
— Parce que c’est parfumé le jasmin, j’en ai dans mon jardin. Maman, elle aime bien le respirer. Alors ?
Muguette pensa à son homme.
— Oui, j’aime bien aussi.
— Le jasmin ou ton jasmin ?
Petit Paul lui fit un clin d’œil.
— Il n’est plus fleuri maintenant, c’est le tour des dahlias.
— Dis donc tu en connais des choses.
— Oui je parle beaucoup avec mon papa. Tu sais faire les vendanges ?
Muguette pensa aux vignes de la famille de Jasmin. Elle était invitée le week-end prochain, elle ne pourrait pas y couper là …
— Non pas encore… Tu sais, Jasmin a beaucoup de vignes et son grand-père m’a invitée pour aller les voir.
— Moi aussi j’ai un grand-père et une grand-mère aussi. Dis, tu pourras me raconter comment on fait les vendanges ?
— Heu… Je ne sais pas si on va se revoir mon bonhomme.
— Je suis sûr que si. Tu n’habites pas loin et puis il faudra bien que tu viennes ici pour promener ton bébé.
Muguette écarquilla les yeux.
— Je le sais que tu attends un bébé tu sais pourquoi ?
Muguette fit signe que non.
— Parce que tu as fait comme ma maman. Elle aussi attend un bébé et elle pose toujours sa main sur son ventre comme ça.
Petit Paul joignit alors le geste à la parole. Muguette demanda :
— Tu vas avoir un petit frère ou une petite sœur alors ?
— Il parait que oui. J’aimerais bien une petite sœur.
Il planta ses grands yeux dans ceux de Muguette et ajouta :
— J’aimerais bien aussi qu’elle te ressemble.

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