Une maman qui prend soin d'elle. Qui aime écrire, lire et faire de la musique.

lundi 22 octobre 2018

Sans Muguette


Samedi matin chez Angelo et Félicie, petit déjeuner.
— Je suis inquiète, soupire Félicie. Jamais Muguette ne m’a laissé sans nouvelle.
— Tu n’as aucune idée vraiment ?
Prune assise en face d’elle sirote son café, les yeux dans le vague. La nuit n’a pas été bonne pour la jeune femme qui n’a cessé de penser à son homme avec Anabelle. Elle a laissé son fils chez elle. Il n’avait pas voulu la suivre. Il avait promis de la tenir au courant. Prune s’en voulait de mêler Fred à leurs histoires d’adultes.
Les jumelles sont seules. Angelo est parti faire le plein de fleurs pour sa boutique. Le samedi est une journée chargée pour lui. Il a laissé le café prêt et a concocté une brioche dont l’odeur se répand encore dans la cuisine.
— Franchement Félicie, qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que Muguette gifle le grand-père et s’enfuit ?  Je sais bien qu’elle est impulsive mais quand même !
— Oui, j’avoue …
— Tu me caches quelque chose j’en suis sûre !
Prune regarda sa sœur dans les yeux.
— Je sais bien que vous êtes proches toutes les deux, mais c’est mon amie aussi. Si tu sais quelque chose, tu dois me le dire.
— Fred ne t’a rien raconté ?
— Non. Pétunia est arrivée juste au moment de la gifle. Elle n’a rien entendu apparemment.
Félicie murmura.
— Muguette m’a appelé hier soir, très tard ou tôt ce matin.
— Je le savais.
— Ne sois pas fâchée Prune. Nous nous connaissons depuis tellement longtemps.
— Alors raconte ! Elle ne t’a pas obligé à garder le secret ?
Le portable de Prune sonna à ce moment. Quand elle vit que c’était son mari, elle hésita. Sa sœur sourit :
— Réponds, tu en meurs d’envie.
A contrecœur, elle décrocha.

Angelo venait d’ouvrir sa boutique quand la clochette retentit. Il tourna la tête et ne fut pas surpris de découvrir son ami.
— J’étais certain que tu allais débarquer ce matin ici.
— J’imagine qu’elle est avec ta copine ?
Le ton sarcastique de Jasmin horripila Angelo qui rétorqua.
— Qui elle ? Bonjour d’abord.
Il continua d’installer ses fleurs dans les vases sans le regarder.
— Excuse-moi mais je suis d’une humeur de chien.
— Je n’avais pas remarqué.
— Angelo regarde-moi enfin.
Son ami leva la tête.
— J’ai du boulot, je ne suis pas comme les fonctionnaires qui ne travaillent pas le week-end.
— D’accord. Mais avoue que j’ai de bonnes raisons d’être furieux.
— Je ne sais pas ce qu’il s’est passé.
— Elle ne t’a pas raconté ?
— « Elle » comme tu l’appelles, celle dont tu es amoureux et qui porte ton enfant, a un prénom. Elle s’appelle Muguette. Non, elle ne m’a rien raconté parce que personne ne sait où elle est.
Jasmin ouvrit de grands yeux.
— Tu veux dire que même Félicie ne sait pas ? Et elle ne s’est pas réfugiée chez toi ?
— Non tu vois !
Jasmin, les mains dans les poches, arpentait la boutique à une vitesse qui donnait le vertige à son ami qui l’apostropha :
— Arrête, tu vas stresser mes fleurs !
— Tu rigoles ?
— Ecoute, tu es de mauvaise humeur, je peux le comprendre mais je n’y suis pour rien.
— Muguette a giflé mon grand-père.
Angelo siffla en regardant son ami.
— Enfin !
— Quoi enfin ? Tu trouves ça normal ?
— Il fallait bien qu’un jour ça arrive. Il est infernal le patriarche, tu le sais bien.
— Et le respect des personnes âgées, tu en fais quoi ?
— Ils n’ont pas tous les droits. Ta femme avait certainement de bonnes raisons de…
— Ce n’est pas ma femme, rugit Jasmin.
— Elle porte ton enfant, c’est tout comme !
— Ce n’est pas le mien !
Angelo regarda son ami.
— Encore cette vieille histoire ? Je comprends mieux. Ton grand-père a dû sortir une ânerie dans le genre « qu’il ne voulait pas de bâtard chez lui » C’est normal qu’elle ait pris la mouche. Tu te rends compte quand même de l’insulte ?
— Je ne peux pas avoir d’enfant.
— Tu en as la preuve ?
— J’ai eu les oreillons quand j’étais petit.
— Moi aussi je les ai eus après toi, c’est toi qui me les as refilés, ça ne m’empêche pas de pouvoir avoir des enfants.
— Il paraît que moi …
— Arrête Jasmin. As-tu fait des analyses ?
— Pourquoi faire ?
— Pour connaître la vérité.
Jasmin se laissa tomber sur le tabouret décoratif qui  gémit et faillit s’effondrer sous le poids dont il n’avait pas l’habitude.
— Ne me casse pas mon matériel. Il supporte les fleurs pas les baraqués comme toi !
Il se releva.
— Qu’est-ce que je dois faire Angel ?
Jasmin avait spontanément utilisé le surnom de leur enfance. Son ami le regarda dans les yeux.
— Ce que tu aurais dû faire depuis longtemps. Vérifier que tu peux avoir des enfants.
— Tu parles d’un examen amusant toi !
Angelo éclata de rire.
— On n’a rien sans rien Jasmin. Fais-le, tu seras enfin débarrassé de cette histoire qui t’empoisonne la vie.
— J’en veux à mort à Muguette.
— Ne fais pas le gamin mon pote. Elle a dérapé mais je ne luis donne pas complètement tort.
— Elle ne pourra jamais faire partie de ma famille.
— Tu es sérieux ? Mais à quelle époque tu vis ?
— Elle a giflé mon grand-père.
— J’ai compris, tu n’arrêtes pas de le répéter. Il doit être vexé le bougre !
Angelo ne put s’empêcher de sourire devant l’air furibond de son ami.
— Tu ne l’as jamais aimé avoue !
— Je suis bien content que le mien ne ressemble pas au tien.
Un silence s’établit entre les deux hommes. Angelo en profita pour arroser ses plantes. Il surveillait du coin de l’œil Jasmin.
— Tu ne sais vraiment pas où elle est ?
— Non.
— Pas d’appel ?
Angelo hésita mais ne voulant pas trahir Félicie il répondit.
— Rien.
— Tu as hésité, je t’ai vu.
— Félie a effectivement reçu un appel cette nuit. J’étais à moitié endormi et ce matin, je suis parti avant son réveil.
— Appelle-la pour savoir et pourquoi tu ne lui as rien demandé ?
— Parce que je dormais et que Félicie a le droit de recevoir des appels et puis cesse de me donner des ordres Jasmin, tu m’agaces. Tu n’as qu’à l’appeler toi. Moi j’ai du travail. Regarde, j’ai un livreur qui arrive. Désolé, je vais devoir te laisser.
Jasmin, la mine basse quitta la boutique.

vendredi 12 octobre 2018

La disparition de Muguette


Muguette ne réfléchit plus. Il faut qu'elle s’échappe de cette bâtisse qu’elle ne supporte pas. Elle fuit. Jasmin ne fermant jamais sa voiture à clé, elle a le temps de récupérer son sac de voyage et elle court. Une fois sur la route, elle saisit son portable et voit qu’un « Uber » n’est pas loin. Elle envoie le message et elle n’attend pas longtemps. Elle grimpe dans le véhicule. Elle donne l’adresse. Une fois arrivée chez elle, elle consulte rapidement son agenda et voit qu’elle n’a pas de rendez-vous important pour la semaine. Elle enfourne dans son sac quelques vêtements supplémentaires, boucle sa trousse de toilette en un temps record et saisit son portable, tape un numéro. Ça décroche à la première sonnerie. Muguette murmure :
— J’arrive.
Elle donne un tour de clé et part sans se retourner.

Fred accueillit Anabelle avec un grand sourire et un air nigaud qui ne trompa pas son père qui fronça les sourcils. La jeune femme quant à elle, habituée à l’effet qu’elle provoquait, embrassa sur les deux joues le garçon qui rougit jusqu’aux oreilles.
— Ferme la bouche tu ressembles à une carpe, soupira Thomas.
Son fils le foudroya du regard et quitta la pièce en claquant la porte. Devançant les excuses de son ex, Anabelle rit.
— Ne t’inquiète pas, j’ai l’habitude. Par contre, je ne vais pas faire le même effet sur ta femme qui rapplique comme un bouledogue.
En effet, Prune arrivait la mine renfrognée. Elle attaqua aussitôt.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
— Je viens pour le travail et c’est la vérité. Demande donc à ton mari.
Thomas hocha la tête mais Prune ouvrit la porte et lui indiqua la sortie.
— Dehors, je ne te veux pas chez moi.
Fred revint sur ses pas et interloqué regarda sa mère. Il eut la malencontreuse idée d’intervenir.
— Maman ? Mais qu’est-ce…
— Ne te mêle pas de ça, tu veux bien. File dans ta chambre.
Vexé par le ton, il rétorqua durement.
— Hey, je ne suis plus un gamin, tu ne me parles pas comme ça.
Anabelle, heureuse de voir ce qu’une fois de plus elle provoquait, en rajouta.
— Normal, ta mère n’accepte pas que ton père ait eu une liaison avant de la connaître. En fait, je suis son ex.
Elle lâcha sa bombe, certaine de l'effet qu'elle allait provoquer. Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est que le jeune homme prendrait aussitôt la défense de sa mère et attaquerait son père.
— Papa avec …
Il regarda Anabelle et finalement ne la trouva plus du tout « canon ». Tourné vers Prune, il lui sourit et la prit dans ses bras marquant totalement sa désapprobation vis-à-vis de son père. Prune reprit de plus belle haussant la voix.
— Je t’ai dit DEHORS !
Elle voulu pousser la jeune femme quand son mari s’interposa.
— Laisse, elle travaille avec moi. Tu vas devoir t’y habituer, nous avons un dossier pour la ville à monter ensemble. Comme nous avons terminé un peu tard, je lui ai proposé de venir boire l’apéro chez nous et…
— Mais tu ne manques vraiment pas d’air toi ! Elle reste ici, c’est moi qui pars.
Fred, inquiet de voir sa maman pâle comme un linge, plaida sa cause auprès de son père.
— Tu peux comprendre quand même !
— Ce n’est pas grave finalement Thomas, dit Anabelle d’une voix mielleuse. Allons donc prendre un verre à l’extérieur si je dérange ici. Je t’attends à la voiture.
Elle sortit dignement en faisant claquer ses talons et faisant voler sa jolie natte blonde.
— Si tu pars avec elle, quand tu reviendras je ne serais pas là.
Les deux époux s’affrontèrent du regard. Thomas ne baissa pas le sien et emboîta le pas à sa collègue.
Les larmes aux yeux, Prune l’interpella à nouveau.
— Thomas ?
— Tu es adulte non ? Tu peux comprendre qu’Anabelle n’est plus rien qu’une collègue de boulot et que je vais devoir travailler souvent avec elle.
— Aller prendre un verre fait aussi parti du projet ?
— Ne sois pas idiote. Nous étions venus ici. Tu ne veux pas la recevoir et comme j’ai encore quelques points à éclaircir avec elle, je sors et nous verrons ça dans un bar.
— Ne me fais pas croire qu’un vendredi soir vous allez parler encore boulot autour d’un verre !
— Crois ce que tu veux Prune, je ne vais pas me fâcher avec toi.
Il s’installa au volant et sans un regard pour sa femme, démarra.

— Tu ne sais pas quoi maman ?
Fred au téléphone n’en revenait pas. Décidément, c’était la journée des surprises. Avec les adultes, il fallait vraiment s’attendre à tout. Il regarda sa mère et voulu la faire rire.
— C’était Pétunia, tu sais la sœur de Jasmin.
Machinalement, Prune hocha la tête.
— Muguette a giflé son grand-père !

Félicie attendait Jasmin qui n’allait pas tarder à rentrer de sa boutique. La jeune femme se sentait bien dans cette jolie maison. D’autant plus qu’il faisait encore beau et même si l’automne s’annonçait, les températures étaient encore douces. Elle préparait un petit repas d’amoureux quand son portable bipa. Heureuse de voir que sa sœur l’appelait, elle décrocha rapidement.
— Tu connais la dernière ?
Prune semblait affolée au bout du fil.
— Vas-y raconte.
Félicie s’attendait à ce que Prune lui raconte qu’Anabelle avait encore fait des siennes, étant mise au courant par Muguette que celle-ci avait été vue avec Thomas.
— Muguette a giflé le grand-père de Jasmin.
Félicie de surprise en lâcha son téléphone. C’est à ce moment qu’Angelo stoppa sa voiture devant la porte.
— Tu m’entends ? s’époumonait Prune
Ramassant son portable, elle croisa le regard de son amoureux.
— Qui t’a raconté ça ?
— Pétunia. Elle vient d’appeler Fred. Je n’en sais pas plus.
— Je vais essayer d’appeler Muguette.
— Dis… Je peux venir chez toi ce soir… Je ne sais pas où aller. Thomas est avec Anabelle pour soi-disant le boulot et je ne veux pas qu’il me trouve quand il rentre.
— Je suis chez Angelo.
— Chez nous, corrigea l’italien en l’embrassant dans le cou.
— Je vais te déranger alors ?
— Bien sûr que non, viens je t’attends. Tu sais où c’est ?
— File moi l’adresse, je mettrais le GPS.
Une fois raccroché, Félicie se tourna vers Angelo.
— Tu connais la dernière de Muguette ?
— Oui, Jasmin m’a appelé. Le pire c’est qu’elle a disparu et qu’il ne sait pas où elle est.
— Prune va débarquer ici.
— Terminé notre repas d’amoureux alors ?
Un long soupir lui échappa alors involontairement. En tombant raide dingue de Félicie, il n’avait pas envisagé qu’il allait devoir subir l’invasion de ses amies.
— Si ça te dérange, je vais chez moi et …
— C’est bon, je vais préparer une pizza géante comme j’en ai le secret. Et… Chérie… Tu es ici chez toi, ne l’oublie pas. Tu m’agaces quand tu dis que tu es « chez Angelo ».
Il l’enlaça et ils s’embrassèrent langoureusement.

vendredi 5 octobre 2018

Week-end mouvementé pour Muguette et Prune



Prune fulminait et c’était bien dommage pour un vendredi. Elle avait dû quitter le bureau et rentrer chez elle laissant Thomas avec Anabelle. Depuis la dernière fois où Monsieur le Maire les avait accompagnés, ils s’étaient retrouvés plusieurs fois. Son mari avait bien tenté tout en restant évasif de lui expliquer qu’il s’agissait d’un projet qu’ils allaient traiter en commun, Anabelle étant elle aussi architecte, mais Prune faisait sa tête de mule et refusait qu’il s’explique.
La jeune femme avait bien tenté de laisser traîner ses oreilles à la porte. Elle en était restée pour ses frais. Soit les pièces étaient très bien insonorisées, soit ils étaient très discrets. Déçue, elle avait patienté en traitant ses dossiers et en jetant de plus en plus souvent un regard sur la porte fermée. Finalement, elle était repartie chez elle, furieuse de n’avoir pas osé frapper à la porte.
Maintenant, elle était dans sa cuisine et tournait en rond.
— Bonsoir Maman !
Fred son fils, rentrait du lycée et s’installa à la table après avoir saisi une bouteille de jus de fruit.
— Tu en fais une tête ! Papa n’est pas revenu avec toi ? On dîne à quelle heure ?
Comme tous les ados Fred ne laissait même pas répondre sa mère. Il enchaînait les questions les unes après les autres sans se préoccuper de ce qu’elle pouvait penser. Surpris tout de même par son silence, il la regarda tout en sirotant son soda.
— Tu vas bien ? On dirait que tu as avalé un truc de travers.
— Oui oui ne t’inquiète pas ! 
— Ah voilà papa, j’entends la voiture.
Fred souleva le rideau.
— Tiens, il n’est pas seul ! Waouh c’est qui la fille avec lui, tu la connais ? Canon, quand même !
Il se leva pour les accueillir et faire le malin devant Anabelle.


Jasmin et Muguette s’apprêtaient à monter dans la voiture pour partir en week-end chez le jeune homme. Elle avait préparé un petit sac de voyage espérant qu’ils n’allaient pas s’éterniser dans les vignes. Pleine d’appréhension, elle s’assit sur le siège passager et se laissa aller contre le dossier. Jasmin démarra et lui glissa qu’il ne fallait pas qu’elle s’inquiète. Ses parents et ses grands-parents étaient ravis de l’accueillir et impatients de faire sa connaissance. Il rappela qu’elle était la première femme qu’il présentait à son grand-père ce qui n’eut pas le don de la rassurer. Elle avait l’impression qu’elle allait passer un examen et que suivant les résultats elle aurait droit à intégrer leur famille ou pas.
— Quand même c’est d’une autre époque ces présentations. Tu ne trouves pas ?
— C’est comme ça ma chérie ! Tout va bien se passer tu verras.
Il n’osa pas lui avouer qu’il était anxieux et qu’il craignait les réactions de sa compagne face aux facéties de son grand-père.
Ils arrivèrent rapidement devant la grande bâtisse qu’ils avaient contemplé chez Angelo depuis sa terrasse. Jasmin descendit pour ouvrir la portière de Muguette qui sourit.
— C’est l’ambiance qui veut ça  pour que tu m’ouvres la portière ?
Elle regarda autour d’elle et aperçut aussitôt un couple qui avançait vers eux en leur tendant les mains.
— Je te présente mes parents, murmura Jasmin.
Antoine de la Rochefleurie la prit dans ses bras sans manière.
— Enchanté de vous rencontrer, vous êtes la bienvenue !
— Bienvenue, bienvenue, c’est à moi d’en décider non ?
Une voie grave et sèche la fit sursauter.
— Mon grand-père !
Un homme aux cheveux blancs se tenait raide comme un piquet sur le perron. Il regardait la jeune femme avec insistance. Appuyé sur une canne au pommeau d’or, il leur fit signe d’avancer d’une main.
Muguette surprise par la réflexion du grand-père renâcla à les suivre. Jasmin lui saisit la main.
— Ne faites pas attention, murmura en souriant Elisabeth de la Rochefleurie, il n’est pas méchant. Il a toujours été comme ça. Je m’y suis habituée. Que voulez-vous c’est « Le » Patriarche.
— Bonjour Mademoiselle. Approchez, approchez, tendez-moi votre main.
Surprise, elle se laissa faire et elle eut droit à un magnifique baise-main. Incliné vers elle, il plongea ses yeux bleus dans les siens. Gênée, elle retira sa main.
— Bonjour Grand-Père !
Jasmin embrassa le patriarche et invita sa compagne à le suivre à l’intérieur de la bâtisse. Mais le bras de Louis de la Rochefleurie le stoppa dans son élan.
— Pourrais-je savoir votre prénom Mademoiselle ?
— Muguette, répondit-elle gentiment.
Son regard se tourna alors vers son fils qu’il apostropha.
— Voilà à quoi ça nous mène tes histoires de prénom. Après Jasmin et Pétunia, une Muguette. Je n’en finirai donc jamais avec ces fleurs ridicules.
Il la regarda à nouveau.
— Vous n’avez rien à voir avec la fleur. Vous n’avez rien de délicat. Vous êtes plutôt une belle lionne. Je me trompe ?
— Méfiez vous que je ne vous griffe Monsieur.
Il éclata de rire et les invita à entrer.
— Elle me plait bien ton amie !
Jasmin serra davantage la main de sa compagne. Elle eut l’impression d’avoir réussi l’examen de passage.
Une charmante vieille dame assise sur un sofa les attendait. Tout de rose vêtue, un sautoir autour du cou, elle leur sourit.
— Veuillez m’excuser si je ne suis pas venue à votre rencontre, mais je souffre depuis ce matin d’un douloureux mal de dos, aussi je m’économise un peu. Entrez et venez donc vous asseoir près de moi. Muguette n’est-ce pas ? Mon mari ne va guère apprécier. Lui qui a horreur des fleurs.
Tout en parlant, elle détailla la jeune femme qui se sentait de moins en moins à l’aise.  Joséphine de la Rochefleurie s’en rendit compte. Elle se tourna alors vers son petit-fils.
— Tu ne viens pas m’embrasser ?
Jasmin prit sa grand-mère dans ses bras. Elle lui susurra à l’oreille que sa fiancée était magnifique et qu’elle lui plaisait beaucoup.
Un plateau de petits fours attendait sur la table de salon. Antoine de la Rochefleurie demanda à Muguette ce qu’elle désirait boire. Une carafe d’eau s’invitant près du champagne, elle la désigna en souriant.
— Comment ? Tonna le grand-père. Vous ne désirez pas goûter notre excellent champagne ? Jasmin, ce n’est pas une femme que tu as là. Mademoiselle, il faudra que vous vous y fassiez à boire de l’alcool. Regardez autour de vous. Vous voyez toutes ces vignes ? C’est mon domaine et j’en suis fier. Sers-lui un verre et ne refusez pas.
Muguette qui commençait sérieusement à s’énerver n’eut pas le temps de répondre qu’elle fut surprise par une nausée qui lui fit demander à Jasmin où se trouvaient les toilettes. Une main sur la bouche, elle le suivit en courant.
Louis surpris invectiva sa belle-fille.
— Elisabeth ? Vous pensez la même chose que moi ?
Sa femme Joséphine posa une main apaisante sur son bras pour le faire taire mais il devint rouge de colère.
— Je ne tolérerai pas de bâtard dans la famille des Rochefleurie.
Muguette qui revenait entendit l’insulte. Elle s’approcha du patriarche et lui asséna une gifle magistrale. Il chancela sous le choc. Un silence de mort s’abattit dans le salon. Pétunia qui s’encadrait devant la porte au même moment éclata de rire.
— Tu ne l’as pas volée celle-là ! Enfin quelqu’un qui a osé faire ce dont je rêve depuis si longtemps.
Muguette passa en courant devant Jasmin et s’enfuit.




lundi 1 octobre 2018

Le rendez-vous d'Octobre




Octobre était ravi.  C’était l’époque où il rassemblait ses arbres. Ils venaient à tour de rôle lui raconter leurs aventures et se plaindre ou au contraire se féliciter de leurs récoltes.
Les Poiriers et les Pommier étaient fiers. Ils arboraient leurs fruits jaunes, rouges, verts et avançaient fièrement devant ce mois qui leur allait à ravir. Ils le saluèrent.  Octobre tâta leurs fruits qui faisaient leur fierté.
— Je vois que l’année est bonne.
— Certes, mais il ne faudrait pas qu’il gèle trop tôt.
— Jamais contents comme chaque année, maugréa Octobre. Mais circulez, vous n’êtes pas les seuls à vouloir me rencontrer.
Les pruniers s’approchaient aussi tout en bavardant. Leurs fruits violets se balançaient cachés encore par leur verdure.
— Nous c’est bientôt la fin, mais l’année a été bonne. Le repos nous attend. Nous allons perdre nos feuilles et être abandonnés au milieu des champs, prendre le vent, la pluie…
— Mais moi aussi je vais prendre le mauvais temps, perdre ma jolie couleur et me retrouver tout nu. Arrêtez de vous plaindre !
Le châtaignier s’approchait et ses congénères s’écartaient de peur de se faire piquer par les bogues de ses fruits. Il était resplendissant avec sa couleur jaune et marron. Les noyers et les noisetiers eux-aussi n’avaient rien à lui envier alors que certains de leurs compagnons qui avaient déjà perdu un peu de leurs feuilles baissaient la tête.
Les cerisiers avaient grise mine alors qu’il fut un temps, certains faisaient des kilomètres pour venir s’extasier devant leurs jolies fleurs. Les abricotiers frileux défilaient en silence se souvenant de leurs beaux fruits orangers.
Seuls les conifères restaient fidèles à eux-mêmes. Toujours verts, ils résistaient à toutes les saisons. Seules leurs pommes de pin étaient la preuve du changement de température.
Tous ces arbres réunis pour célébrer leur nouveau mois s’inclinèrent devant lui. Le silence se fit.
C’est alors qu’il se redressa de toute sa splendeur et il fit tout à coup plus frais. L’automne était bien arrivé. Les feuilles s’agitèrent craignant une bourrasque qui les ferait s’envoler plus vite que prévu. Elles savaient bien que bientôt, elles feraient un joli tapis de sol et que les enfants les fouleraient en riant aux éclats, tandis que d’autres les ramasseraient pour les coller dans de grands cahiers. Elles savouraient l’instant de se laisser admirer chaque jour par les promeneurs qui levaient les yeux pour les contempler.
Il s’inclina sur ces arbres qui faisaient le bonheur de tous. Il les salua d’un grand geste ne faisant aucune différence entre ceux qui peuplaient les forêts et ceux qui fleurissaient dans les jardins, ceux qui bordaient les routes et ceux qui agrémentaient les châteaux. Son léger souffle leur redonna courage pour affronter l’hiver. Il fit un clin d’œil aux sapins qui au contraire de leurs amis, allaient avoir leur moment de gloire dans peu de temps. Ils étaient les seuls à s’orner de guirlandes et de lumières et à quitter le froid pour quelques jours mais ils savaient aussi que les élus ne reviendraient jamais l’année suivante. Aussi, ils profitaient de ce moment pour le saluer respectueusement.
— Je vous fais confiance mes amis pour continuer de peupler Dame Nature et de rendre heureux les humains qui viendront se ressourcer auprès de vos pieds.
— Pas facile quand l’Homme décide de nous couper au nom de je ne sais quelle…
— Silence ! Je sais ce que vous allez me dire, mais ce n’est pas l’heure des revendications, prenez rendez-vous pour vos doléances.
Il leva la tête vers les peupliers qui se dressaient devant lui.
— Ne faites pas les malins, je vous ai à l’œil. Si vous grandissez trop vite, l’homme saura vous couper la tête et là, ils auront raison.
— Quant à vous les érables, c’est le moment de vous tailler afin que l’année prochaine vos branches ne partent pas dans tous les sens. J’aime la tenue dans mes arbres, rappelez-vous-en !
— Ne soyez pas tristes de perdre vos feuilles ou vos fruits. Dame Nature en a décidé ainsi. Vous la connaissez bien, c’est elle qui régit votre cycle et vous savez que la renaissance est toujours au rendez-vous. Vous n’allez pas tarder à hiverner. Protégez-vous quand vous serez dénudés pour avoir la force de recevoir cette sève qui vous insufflera la nouvelle vie.
Tous s’inclinèrent devant lui et le laissèrent s’installer.

samedi 29 septembre 2018

Muguette est radieuse




Une semaine est passée depuis l’annonce fracassante de la grossesse de Muguette. Celle-ci installée au bureau de son agence sirotait un café en attendant son client qui se faisait attendre. Quand les clochettes de la porte retentirent, la jeune femme leva la tête. Surprise, elle se leva pour accueillir son ami Bob.
— Toi ici ? Que me vaut l’honneur de ta visite aussi matinale ?
Ils s’embrassèrent amicalement.
— Je ne peux pas rester longtemps, j’ai la voiture garée en double file. Je voulais te prévenir que ta copine, tu sais, celle que tu nous as fait embarquer, la blonde ravageuse, tu te rappelles ?
— Anabelle ? Comment pourrais-je l’oublier celle-là ? Qu’est ce qu’elle a encore fait ? Elle travaille dans le coin ?
— Tu ne crois pas si bien dire.  Je viens de la croiser avec le mari de ton amie.  Tu m’offres un café ?
— Je croyais que tu n’avais pas le temps, maugréa Muguette, tout en lui préparant son breuvage.
— Bah, pour toi tu sais bien que j’ai toujours le temps.
— Alors raconte, ils étaient ensemble ?
— Oui, enfin, ensemble, je ne peux pas l’affirmer. Je pencherais plutôt pour une réunion de travail, ils n’étaient pas seuls.
— Ah ça promet ça. Prune va encore se faire des nœuds au cerveau.
— Je la comprends quand même, la blonde, elle n’est pas moche.
— Tu venais uniquement pour ça ?
Il respira un bon coup et souffla.
— Je suis amoureux et je crois que c’est la bonne cette fois.
Muguette sourit.
— Je suis heureuse pour toi. Je la connais ?
— Je ne crois pas. Il y a un truc qui m’embête quand même …
Devant le silence de son ami, Muguette s’impatienta :
— Alors quoi ? Dépêche -toi, j’ai un client qui ne va pas tarder à arriver et…
— T’inquiète le client c’est moi !
— Pardon ?
— J’ai eu peur que tu ne veuilles pas me recevoir, tiens regarde la voilà. Je vais te la présenter.
Muguette se leva pour accueillir l’amie de Bob.
— Marlène voici Muguette.
Elles se serrèrent la main, toutes deux en réprimant un sourire. L’une pour le prénom de fleur de la jolie brune, l’autre pour l’association d’idée qu’elle fit aussitôt dans sa tête, Bob Marley et la chanson « Could you be loved » lui vint subitement sur les lèvres.
— En quoi puis-je vous aider ?
Muguette redevenait la professionnelle qu’elle adorait être.
— Bob et moi aimerions une grande maison avec au moins quatre chambres. Je suis la maman de 3 enfants, vous comprenez. Je suis veuve.
Muguette regarda son ami.
— Tu m’avais caché ton amour des enfants dis-donc petit cachottier. Je vais regarder ce que j’ai rentré comme biens. Vous avez quel budget ?
Pendant qu’elle faisait défiler ses pages sur son ordinateur, Marlène éluda la question.
— Vous vous connaissez depuis longtemps ?
— Avec Bob ?
Muguette leva la tête et regarda son pote.
— Pas mal de temps oui !
Elle reprit ses recherches.
— Alors vous saviez qu’il ne pouvait pas avoir d’enfants alors ! Du coup, 3 mioches d’un coup sans les avoir eu petits c’est top pour lui. Qu’en pensez-vous ?
— Mais t’es pas obligé de tout raconter comme ça Marlène !
— Elle est ton amie, elle savait.
Muguette lâcha son écran des yeux et fixa la jeune femme.
— Non, je n’étais pas au courant.
Bob, énervé, se leva brusquement en entraînant sa compagne avec lui.
— Nous reviendrons Muguette. Ce n’est pas urgent de toute façon. Je t’appellerai.
Il poussa Marlène hors de l’agence laissant Muguette un sourire radieux sur les lèvres.

Prune était au téléphone avec un client quand Anabelle poussa la porte accompagnée du maire de la commune. Elles se toisèrent du regard. Thomas sortait de son bureau au même moment. Il serra la main de l’Elu municipal et les invita à s’installer confortablement. Avant de refermer la porte, il fit un clin d’œil à sa femme en lui faisant signe de ne pas s’inquiéter. Précaution inutile, Prune était folle de rage. Elle ne les lâcherait dont jamais cette « Pouf ».

Jasmin entra dans l’agence immobilière. Aussitôt Muguette se leva et se jeta dans ses bras.
— Quel accueil !
Ils s’embrassèrent passionnément puis Jasmin la regardant en souriant lui murmura à l’oreille qu’il avait une surprise pour elle.
 — C’est quoi ?
— Si je te le dis ce ne sera plus une surprise. Tu as terminé ? Je peux t’enlever ?
Elle hocha la tête.

— Tu m’emmène où ?
Il ne répondit pas et posa sa main sur son genou.
— Patience !
Détendue, la jeune femme regardait défiler le paysage. Soudain, une bâtisse apparut et Jasmin s’engagea dans l’allée. Qu’elle ne fut pas sa surprise de voir surgir Félicie et Angelo de la maison. Muguette attendit à peine que la voiture se soit arrêtée pour sauter au bas du véhicule.
— Waouh ! C’est chez vous ?
Félicie embrassa son amie puis Jasmin.
— Bienvenue chez Angelo.
Le jeune homme la reprit en souriant.
— Bienvenue chez nous Félicie. Cette maison est à toi aussi, je te l’ai dit.
— C’est superbe !
Angelo se tourna vers Jasmin pour le serrer dans ses bras.
— Je suis content de te revoir ici, ça fait un bail dis donc.
— Je venais ici gamin, ma chérie !
Il saisit la main de Muguette et lui montra au loin les vignes et une autre grande bâtisse.
— Regarde, c’est chez moi là-bas ! Combien de fois l’avons-nous fait en vélo cette route, hein Angelo !
Muguette fut impressionnée par le panorama qui s’offrait à elle.
— C’est immense ! Et la maison, on dirait presqu’un château !
— Je loge dans l’aile droite. C’est là que nous dormirons ce week-end quand nous irons faire la connaissance de ma famille.
— Voyez-vous ça, dans l’aile droite !
Muguette se détourna et regarda son amie.
— Tu me fais visiter ?
— Avec plaisir !
Elles abandonnèrent leurs hommes et entrèrent dans la maison en bavardant. Restés seuls, ils restèrent silencieux un moment tout en contemplant les vignobles qui s’étendaient à perte de vue.
— Je ne suis pas rassuré de présenter Muguette.
Angelo envoya une bourrade à son ami et sourit.
— Il est certain qu’elle ne va pas se laisser faire par le patriarche.
— J’espère que tout se passera bien. Je suis fou de cette femme, je ne peux pas vivre sans elle.
— Alors tu sais ce qu’il te reste à faire mon vieux !
— Je ne sais pas comment expliquer que je veux quitter la maison et avoir la mienne.
— Rappelle-moi ton âge Jasmin ?
— Oh ça va !
Les deux jeunes femmes revenaient portant un plateau avec des boissons et des amuse-gueules.
— Vous vous chamaillez les hommes ? demanda en riant Muguette
— Pas du tout, répondit Jasmin.
Il saisit le plateau des mains de sa compagne et l’installa sur la table de jardin. La terrasse surplombait le paysage et partout où le regard se posait, on apercevait les vignes. Il ouvrit la bouteille de champagne et commença à remplir les flûtes quand Muguette stoppa son geste.
— Pas pour moi. Je prendrais bien un jus de fruit.
— Tu n’aimes pas le champagne ? demanda Jasmin surpris.
— Si, mais là il est un peu tôt pour moi.
Félicie lui versa ce qu’elle désirait et ils trinquèrent tous ensemble. Angelo heureux de les voir réunis demanda qu’on porte un toast.
— Je suis ravi de vous voir ici.
— Tu aimes ma surprise Muguette ?
Jasmin la regardait en souriant.
— J’adore ! De plus…
Elle interrogea Félicie du regard qui souriait puis se tourna vers son homme le cœur battant la chamade. Pourtant, elle aurait préféré être seule avec lui pour annoncer la bonne nouvelle mais l’ambiance aidant elle se lança.
— Je porte un toast… à notre bébé. Tu vas être papa mon chéri !
Jasmin lâcha son verre pour la saisir dans ses bras. Angelo applaudit et Félicie fit un clin d’œil à son amie.
— Qu’est-ce que je suis heureux !
Son regard se brouilla. Il essuya alors une larme discrètement. Angelo le serra dans ses bras
— Tu vois que c’était des bêtises ! lui murmura-t-il à l’oreille.