Une maman qui prend soin d'elle. Qui aime écrire, lire et faire de la musique.

mercredi 7 février 2018

Quand Lally s'invite chez Muguette

Lally est l'héroïne que vous trouverez sur Facebook dans Le Monde de Solène
Je remercie son auteur Solène Vosse d'avoir accepté de  la partager 





- Allo ?
- Lally, c’est toi ? T’as vu l’heure qu’il est ?
Muguette en boule dans son lit n’ouvre même pas les yeux. Pour appeler à trois heures du matin, ça ne peut être que sa copine Lally.
- Tu m’écoutes ?
Résignée Muguette essaie de s’assoir confortablement, car elle le sait ça va être long. Se penchant pour attraper son oreiller qui a valsé au bout du lit, elle se casse la figure. Etouffant un juron et se frottant la tête, elle décide d’aller s’installer face à sa fenêtre et d’écouter son amie.
- T’es tombée ?
- Ouais ! Pas grave, allez raconte !
- Tu m’ouvres ?
- Quoi ? Tu es là ?
- Ouvre j’ai froid.
Muguette tout en rouméguant, enfile un pull XXL et descend ouvrir la porte à Lally.
- Tu m’étonnes que tu sois frigorifiée, regarde comment tu es habillée, en treillis et basket, même pas de manteau. Entre, je vais te faire du chaud. Tu veux boire quoi ?
Lally ne répondit pas et grimpa dans la chambre de son amie et se pelotonna dans son lit.
Muguette la rejoignit avec une tasse de chocolat chaud dans la main.
- Ne me demande rien, j’avais juste envie d’être avec toi…
Muguette ne dit pas qu’elle était fatiguée, que demain elle devait se lever tôt, qu’elle était de mauvais poil, qu’elle exagérait quand même de débarquer comme ça chez elle. Non, Muguette ne dit rien de tout ça, elle s’allongea à côté de Lally.
- Tu sais, j’ai rencontré un mec…
- Méfie-toi, c’est nul les hommes !
- Je sais bien mais celui-là… il s’appelle Jasmin.
Lally se releva d’un bond :
- Tu me fais une blague ?
- Mais non.
- Jasmin ? Mais Muguette ne me dis pas que tu vas choisir un homme parce qu’il s’appelle Jasmin et que tu t’appelles Muguette. T’es encore plus conne que moi ! Je croyais être la reine mais alors là, tu es la chef d’escadrille ! Et Lally se recoucha.
Muguette vexée :
- Eh toi ? tu débarque chez moi comme ça, je t’accueille avec un bon chocolat chaud que tu ne bois même pas, tu pourrais au moins me dire merci et en plus tu m’engueules !
- Désolée !
- Désolée ? Je suis peut-être la chef d’escadrille des connes, mais toi … toi…
Muguette en bégayait de rage.
- Tais-toi Muguette je suis fatiguée, je voudrais dormir !
- OK, dors ! je descends. 
Muguette se leva en faisant valser la couette et sortit en claquant la porte.
Elle s’installa dans son fauteuil favori, saisit le plaid abandonné et ferma les yeux.
Cinq minutes plus tard, elle appelait Félicie. Il était trois heures trente du matin.


mardi 6 février 2018

Il était... des fois



Petit Paul a cinq ans et comme tous les soirs, il demande une histoire avant de s’endormir. C’est papa qui s’y colle aujourd’hui. Il saisit un livre dans l’étagère…
- Non pas une histoire dans un livre. Invente.
Papa soupire. Il n’a pas beaucoup d’imagination et surtout pas trop envie de se creuser la tête.
- Tu veux que j’appelle maman ? Il est déjà debout, mais Petit Paul le rattrape par la main.
- Non, toi !
Résigné, papa se lance :
- Il était une fois…
- Pourquoi une fois ? Tu ne peux pas changer, c’est toujours pareil que ça commence. Le petit garçon est bien assis dans son lit et regarde plein d’espoir son papa.
- Alors ?
- Il était … deux fois ?
- C’est nul papa. Commence par : il était des fois que j’aimerais… avoir un chien.
- Ah d’accord, c’était donc ça ! Il était des fois un petit garçon qui n’arrêtait pas de répéter qu’il voulait un chien.
- Des fois que son papa changerait d’avis, continue Petit Paul plein d’espoir.
- Des fois que le petit garçon commençait sérieusement à énerver son papa.
- Des fois que le papa n’aurait pas entendu.
- Des fois que le petit garçon n’aurait pas compris que ce n’était pas possible.
- Des fois que le papa voudrait que le petit garçon ne soit pas malheureux, insista Petit Paul les larmes aux yeux.
- Des fois que le petit garçon joue bien la comédie avec ses yeux tout tristes.
- Mais je pleure vraiment…
- Des fois qu’il faudrait peut-être s’endormir.
- Des fois que tu ne m’aimes plus.
- Des fois que tu dis n’importe quoi.
- Non c’est pas vrai, sinon tu me l’achèterais le chien.
- Petit Paul maintenant ça suffit, tu te couches des fois que je me fâcherais pour de bon et que tu n’aurais jamais de toutou.
Le petit bonhomme releva la tête :
- T’as dit quoi ?
- Tu dors maintenant. Papa l’embrassa et éteignit la lumière.
- Tu changeras peut-être d’avis hein papa, murmura Petit Paul, des fois que je serais vraiment sage et que je n’en parlerais plus jamais ?


vendredi 2 février 2018

Prune et les crêpes


Prune est à la bourre comme d’habitude. Ménage, courses, son fils à récupérer et … la pâte à crêpes à préparer.
- Tu n’oublieras pas hein maman ?
Bien sûr que non. Prune sourit toute seule. Elle se rappelle les crêpes avec sa maman. D’ailleurs c’est toujours sa recette. Par contre, elle est moins douée. Il paraît qu’avec un louis d’or dans la main elle aura de l’argent toute l’année, alors seule dans sa cuisine elle s’entraîne, parce que ça va être la franche rigolade face au mari Thomas, au fils Fred et à la copine Pétunia qui vient participer aussi, si elle se prend les crêpes sur la tête.
Prune a envie de rire à chaque fois que Pétunia arrive accompagné de Fred. Ce n’est pas sa petite amie qu’il s’entête à répéter. Mais Prune trouve qu’ils se regardent bien tendrement ces deux-là. Son prénom pas courant lui va bien. Mais quelle idée ont eu les parents de l’appeler ainsi. Enfin, ce n’est pas son problème et la jeune fille semble bien l’accepter. Prune a rencontré son frère à la piscine. Il est le nouveau chef du Centre des Impôts. Ils ont nagé ensemble, parce qu’il était tôt et qu’ils n’étaient que tous les deux dans le bassin. Mais Prune ne lui aurait jamais adressé la parole si elle n’avait pas manqué de s’étaler sur le sol glissant et qu’il l’avait rattrapé de justesse. Sacrée différence d’âge entre le frère et la sœur.
Les pensées de Prune vagabondent. Elle s’est mise au sport comme prévu mais question régime, avec les crêpes qui arrivent, elle ne va pas encore oser monter sur cette satanée balance qui la nargue.

Et vlan ! encore une de ratée. Mais comment ils font pour les faire sauter. Prune n’est franchement pas douée. Elle se l’est prise sur la tête, génial !
- Mais maman ! Fred et Pétunia éclatent de rire.
- Attends, j’essaie.
- C’est quoi l’histoire du Louis d’or ? demande Pétunia
- Demande à maman, répond Fred en étalant la pâte à crête dans la poêle.
- N’en mets pas autant, râle Prune vexée, elle va être trop épaisse.
- Alors c’est quoi cette histoire de louis d’or ? insiste la jeune fille.
Prune raconte que ses parents lui ont toujours dit que si elle réussissait à faire sauter sa crêpe sans la faire tomber avec la pièce dans la main, elle aurait de l’argent toute l’année.
- Et ça marche ?
- Bah, on n’est pas pauvre, répond Fred en riant.
Prune admire son fils dont la crêpe a fait un double saut périlleux et est revenue dans la poêle.
- A toi maman !
- Vas-y plutôt toi Pétunia.
L’ambiance est fort sympathique. L’odeur des crêpes se répand dans la maison, la pile augmente petit à petit, et même Thomas, le mari de Prune est de la partie. Lui, il préfère les manger, mais Prune lui tape gentiment sur la main à chaque fois qu’il tente de s’emparer de la gourmandise.
- Mets plutôt la table, lui glisse à l’oreille sa femme.
- Tu restes avec nous Pétunia ?
- Ben non c’est gentil, je repars avec mon frère qui vient me récupérer
Prune hoche la tête. C’est à ce moment que la sonnette retentit.
Jasmin de la Rochefleurie entre alors dans la cuisine et serre la main de Thomas, embrasse sa sœur et se tourne vers Prune.
- Mais on s’est rencontré à la piscine, non ? demande-t-il en souriant.
- Exact, rougit Prune. Pourvu qu’il ne raconte pas que j’ai failli m’étaler, je vais encore avoir l’air cruche, pensa la jeune femme.
- Je ne savais pas que vous étiez la maman de Fred.
- Et moi je ne savais que vous connaissiez ma femme, sourit Thomas.
- En fait…
- Voulez-vous goûter une de mes crêpes ? l’interrompit Prune.
- Dis oui Jasmin, elles sont super bonnes.
Un silence s’installa alors dans la pièce. Prune sentit le fou rire la gagner. Elle lâcha la crêpière.
- Non ? Vous vous appelez Jasmin ? Pas possible. Vous êtes nombreux comme ça dans la famille ?
Devant sa famille ébahie, Prune éclata de rire, et les larmes se mirent à couler. A chaque fois qu’elle regardait Pétunia et son frère, son rire repartait de plus belle.
- Excusez-la. Thomas très gêné ne savait plus quoi dire.
- Laissez, j’ai l’habitude. Avec beaucoup d’humour, il ajouta :
- Jasmin de la Rochefleurie, et je suis le nouveau chef de centre des Impôts.
- Alors là … c’est le bouquet ! murmura Prune en s’essuyant les yeux.


jeudi 1 février 2018

Février, le gamin !


- Ah te voilà gamin !
- Arrêtez de m’appeler « gamin », je sais bien que je n’ai que 28 jours. Ce n’est pas de ma faute quand même.
- Tu recommences. Tu pleurniches, il pleut déjà assez comme ça !
Février, petit bonhomme bedonnant avait les yeux plein de larmes continuellement. Mois de Neptune, mois des pluies, on ne l’aimait guère sauf peut-être les agriculteurs. Il se devait d’être froid et pluvieux pour que les récoltes soient excellentes.
- N’empêche, t’es un gamin !
Voilà pourquoi Février se mettait en colère et que neige, inondations, tempêtes faisaient rage. Il n’en pouvait plus de se faire traiter de « petit » de « pitchoun », alors il se mettait en colère. Pluies continuelles tombaient de ses yeux gonflés et vent violent soufflait de ses joues rebondies. Pourtant, c’est grâce à lui que les maisons se remplissaient de bonne odeur de crêpes et que les enfants se régalaient. Il était heureux quand il les voyait s’entrainer à les faire sauter et qu’éclats de rire et mines barbouillées de chocolat lui chatouillaient les narines et les oreilles.
Quand son ami Mars ne lui chipait pas la primeur du carnaval, c’est à lui que revenait cet honneur et il en était fier, mais malheureusement ça n’arrivait pas tous les ans. Encore une histoire de calendrier. Celui-là, le calendrier, il le « gonflait » sérieusement ! Il ne savait ce qu’il lui avait fait, mais au gré de ses envies, il perdait des fêtes. Il ne l’aimait pas « le calendrier ».
Mais ce qu’on ne sait pas, et ça Février le cachait bien, c’est qu’iI était un incorrigible romantique et le 14, il adorait voir les amoureux se faire des cadeaux. Il se faisait alors coquin et joueur en soufflant des intentions aux amoureux étourdis. C’est lui qui guidait leurs pas chez les fleuristes, chez les bijoutiers, dans les petits coins calmes et douillets. Son cœur battait alors la chamade au même rythme que ces couples qui s’embrassaient, riaient, et il répandait alors une nuée d’étoiles dans leurs yeux.
- N’empêche, t’es un gamin !
- Fous le camp Janvier ! Et février s’installa, les yeux remplis de larmes.



mercredi 31 janvier 2018

Les deux amies


Amies depuis la maternelle, Félicie attendait Muguette à leur cafétéria habituelle. Elles y prenaient leur déjeuner ensemble quand leur emploi du temps respectif leur permettait.
Elle entendit Muguette arriver avant de l’apercevoir. Celle-ci pestait en regardant le menu :
- Encore des frites ! Ils n’ont pas entendu parler de la consommation de 5 fruits et 5 légumes par jour ici ?
Elle la vit bousculer les chaises sur son passage en maugréant, puis s’affaler enfin en soufflant devant elle.
- Tu vas bien ? Oui ? Comme d’habitude ! sourit Félicie.
Muguette contempla son amie et lui rendit son sourire. Elle seule avait le don de l’apaiser. Elle lui pardonnait tout, acceptait sans rechigner de l’accompagner au cinéma voir des films qu’elle n’aimait pas (évidemment les critiques fusaient ensuite mais Félicie n’y faisait même plus attention, elles passaient une bonne soirée c’était l’essentiel).
Les deux amies ne se ressemblaient pas autant physiquement que de caractère, mais c’est bien connu les contraires s’attirent. Félicie, petite jeune femme brune, coupe au carré, pas complexée pour deux sous par sa taille et ses rondeurs mises en valeur bien acceptées et Muguette, grande, brune aussi mais à la crinière indomptée et indomptable comme sa propriétaire d’ailleurs.

- Alors, raconte ! commença Félicie.
- Attends j’ai faim ! Tu as commandé ?
- Je te rappelle que c’est une cafétéria, qu’il faut prendre un plateau et…
- Oui, oui. Bon, on y va. On laisse les manteaux, personne ne nous piquera la place.
Félicie éclata de rire.
- Qui la voudra notre place ? Dans le coin, bien cachée par les plantes et à côté des toilettes.
- Oh ça va ! Je n’aime pas traverser toute la cafète, tout le monde me regarde.
Elles saisirent un plateau et suivirent la queue qui s’étirait devant elles.
- Tu as vu le monde ?
- Comme d’habitude Mug !
- Ne m’appelle pas Mug. Je ne suis pas une tasse de thé.
- C’est vrai pour celui qui ne te connait pas, mais tu sais bien que tu es ma Mug préférée. Elle la bouscula en lui disant ces mots et son rire fusa faisant se retourner les personnes devant elles.
- Vous voulez nos photos ? aboya Muguette.
Elles choisirent chacune une entrée de crudités, poisson-haricots verts pour l’une, poulet-frites pour l’autre et une mousse au chocolat pour Félicie qui ne savait pas terminer son repas sans dessert. Muguette se laissa aussi tenter tout en le regrettant dès qu’elles retournèrent à leur place.
- Pourquoi tu l’as prise alors ?
- Tu m’as fait envie !
- Alors savoure-la. Bon, alors raconte, tu as rencontré un mec ?
Muguette avala une bouchée de carottes râpées et répondit :
- Tu ne devineras jamais !
- C’est certain si tu ne me dis rien.
- Il pleuvait, le métro était en rade comme d’habitude. J’étais furax…
- Comme d’habitude aussi, l’interrompit Félicie.
- C’est moi qui raconte et si tu me coupes toujours, tu ne sauras rien.
- Compris je me tais, raconte.
- Donc, il pleuvait. Pas de métro, ma cafetière en panne je n’avais pas pris de petit déjeuner… tu ne trouves pas que les toilettes puent aujourd’hui ? Tu ne veux pas qu’on change de place ?
Félicie soupira. Comme à chaque fois, elles essaieraient de changer de place mais comme il y aurait trop de monde et qu’aucune place ne serait libre ou ne conviendrait pas à Muguette, elles reviendraient au même endroit et son amie pesterait.
- Non, on reste là. De toute façon, on ne va pas y rester des heures et en plus tu vas sortir ton « pschitt » de ton sac et…
Aussitôt dit aussitôt fait, Muguette se leva et vaporisa autour d’elles ses huiles essentielles. Elle alla même jusqu’à la porte des toilettes. Elle se fit apostropher pas une mamie qui se disait allergique aux huiles, ce à quoi la jeune femme répondit qu’elle, elle était allergique aux vieilles dames râleuses.
Félicie blasée déjeunait tranquillement. Mais l’heure tournait.

- Muguette, tu viens t’asseoir et tu me racontes. Dans un quart d’heure, je retourne au bureau.
- J’en étais où ?
- Tu n’avais pas pris de petit…
- Ah oui, donc j’avais faim. Je suis entrée dans le bar devant le métro. Il n’y avait pas de place. Un homme m’a proposé de m’installer à sa table…
- Et …
Muguette soupira en dégustant sa mousse au chocolat.
- Je n’ai pas dût être sympa.
Félicie éclata de rire.
- C’est un euphémisme, tu as dû être horrible. Lui dire qu’il te draguait, que tu pouvais te débrouiller toute seule…
- Oui. Un silence s’installa.
Félicie regarda son amie qui murmura :
- Il m’a proposé sa voiture…
- Hou la !
- J’ai refusé comme une imbécile et il est parti.
- Et ?
- Il avait laissé sa carte sur la table. Tu te rends compte, il me draguait vraiment !
- Tu as ses coordonnées alors ?
- Ben non, regarde, il n’y a même pas son téléphone. Par contre, tu as vu son prénom ?
Félicie jeta un œil sur le bristol et … avala de travers sa dernière cuillère de mousse au chocolat.


dimanche 28 janvier 2018

Jasmin De la Rochefleurie

Jasmin fulminait. La pluie le mettait vraiment de mauvaise humeur. En plus cette fille !!! Elle lui avait mis la tête à l’envers. Pourtant elle avait un caractère de cochon. Elle râlait sur tout, elle se moquait de tout, elle ne voyait qu’elle… et lui aussi ne voyait qu’elle. Quel imbécile ! Il s’en voulait de ne pas avoir insisté pour l’amener à son boulot, il aurait au moins su où la retrouver. Heureusement qu’il avait eu la présence d’esprit de laisser sa carte sur la table. Encore fallait-il qu’elle l’ait vue, ça c’était moins sûr !
Il sortit du parking souterrain et se dirigea vers son bureau.

- Bonjour Monsieur !
Ses collègues le saluaient comme tous les matins. Il venait d’intégrer le Centre des Impôts dont il en était le chef. Quand il avait offert un pot de bienvenue et qu’il s’était présenté « Jasmin de la Rochefleurie » il avait bien vu les sourires sur les visages de tous ses collaborateurs. « Merci les parents ». Il leur devait ce prénom suite à un pari ridicule un soir de réussite d’examen bien arrosé. En effet, il avait écopé lui et sa sœur de prénoms de fleurs. Accolé à leur nom de famille, ça frisait le mauvais goût. Jasmin et Pétunia. Même ses grands-parents n’avaient pas apprécié mais son père n’avait pas cédé. Il était pourtant avocat, il aurait pu plaider sa cause auprès de ses amis mais il les respectait trop, un pari reste un pari. Quant à sa mère artiste peintre, elle adorait ses enfants et trouvait que ça leur allait bien. Sa sœur Pétunia, 16 ans, était encore au lycée et grâce à ce prénom justement pas ordinaire, elle était appréciée de ses amis. Ils la trouvaient pétillante et fraîche comme la fleur du même nom. Ajouté à ça qu’elle avait de jolis yeux violets, oui, un vrai pétunia.
Mais lui Jasmin, il n’avait rien d’une fleur : 1m90, brun, musclé grâce à la natation qu’il pratiquait depuis qu’il avait 10 ans, doté d’une barbe qui donnait l’impression qu’il n’était pas rasé. Son père d’ailleurs lui en avait fait la remarque « tu fais négligé mon fils, dans ton travail tu te dois d’être impeccable ». Quand il avait répondu qu’il était rasé et que c’était sa tondeuse qui lui faisait « exprès » cette barbe naissante, son père avait haussé les épaules en ronchonnant dans la sienne, (celle-ci bien fournie et taillée au cordeau) « que ce n’était pas la peine d’acheter une tondeuse pour faire une barbe pas rasée ». Bref, il faisait plus penser à un chêne robuste sur qui on pouvait compter qu’à une fleur fragile qui perdait ses pétales au moindre coup de vent. De plus travailler aux Impôts, ça ne faisait vraiment pas rêver et surtout pas aux fleurs. 

Il alla se servir un café à la machine avant d’intégrer son bureau et croisa quelques collègues qui en ce lundi matin avait l’air endormi ou renfrogné. Sauf une contrôleuse qui elle, avait toujours le sourire quoiqu’il arrive. Il l’avait rencontrée plusieurs fois pour des dossiers épineux. Elle lui serra la main en lui demandant s’il avait passé un bon week-end et l’écouta répondre, ce qui n’était pas le cas de tout le monde. En général, on vous demandait toujours « ça va ? » et on n’attendait pas la réponse. Il s’était d’ailleurs dit qu’une fois, il répondrait « non ça ne va pas » juste pour voir la réaction. Il se rappelait son prénom, « Félicie » parce que lors d’une réunion ou il demandait qui devait participer à une formation, elle avait clamé « Félicie aussi » et tout le monde avait ri.

Enfin il réussit à entrer dans son bureau après avoir salué son adjoint et il posa son café.  Avant d’enlever son manteau, il fouilla ses poches et trouva une carte de visite. Il jura alors dans sa barbe mal rasée :
- Ce coup-ci c’est fichu, je ne retrouverai jamais cette fille. Il ne me restait qu’une carte de cet imprimeur débile qui avait oublié de noter mes coordonnées et il a fallu que ce soit justement celle-là que je lui donne.

Au même moment, Félicie face à son ordinateur saisissait son portable. Muguette sa meilleure amie, l’appelait.
 - Tu ne sais pas quoi ? J’ai rencontré un mec…


mercredi 17 janvier 2018

Un jour, à l'aube...


Thibault trempait sa tartine dans son chocolat. Il était installé sur la terrasse devant le jardin. Le soleil se levait à peine et les oiseaux s’égosillaient dans les arbres. Une légère brume voilait la cime des peupliers. Thibault était un lève-tôt depuis toujours. Dès l’aube, il se levait. Il avait dix ans. Il n’aimait pas rester dans son lit. Il lui fallait de l’air, sinon il étouffait. Hiver comme été, il prenait son petit déjeuner dehors. Bonnet sur la tête et gros pull suivant les saisons et les températures.
Ce n’était pas une aube comme les autres, il le sentait.
Elle lui apparut toute menue dans sa robe de chambre rose, cheveux emmêlés, le pouce à la bouche, et dans l’autre main son doudou qui traînait par terre. Elle était pieds-nus.

- Ah, tu es là Lou. Tu vas prendre froid chérie, mets tes chaussons.
Nathou se tourna vers Thibault :
- Je te présente Lou, cinq ans, qui va rester chez nous quelques temps.
Elle lui ébouriffa les cheveux et s’assit près de lui :
- Tu as bien dormi ?
Il hocha la tête. Nathou reprit :
- Viens Lou, viens près de moi.
La petite fille ne bougeait pas. Thibault abandonna alors sa tartine, se leva et s’approcha. Elle leva les yeux et il reçut en plein cœur l’éclat de deux émeraudes.
Nathou fit les présentations :
- Tu sais Lou, Thibault ne parle pas non plus.
La petite fille lâcha son pouce et glissa sa main dans celle de son petit compagnon.
C’est à partir de ce jour que Thibault se dit que la vie pouvait quand même réserver de jolies surprises.

Ils avaient chacun leur chambre, mais Lou venait régulièrement rejoindre Thibault dans son lit. Elle se glissait contre lui. Il passait alors un bras autour de ses épaules et ils s’endormaient ainsi, refoulant tous deux les cauchemars qui les assaillaient chaque nuit.

Dès l’aube il se levait. Essayant de ne pas faire de bruit pour la laisser dormir, il sortait de la chambre. Il enfilait alors son pull abandonné sur une chaise la veille et descendait prendre son petit déjeuner dehors. Nathou lui avait préparé tout ce qu’il aimait. Il l’aimait bien Nathou, elle était là tout simplement. Il n’avait pas fini de beurrer une tartine que Lou le rejoignait. Aussitôt, il allait lui chercher son manteau et lui montait la fermeture éclair doucement pour ne pas coincer ses cheveux dedans. Il lui préparait le même petit déjeuner. Elle le regardait alors de ses grands yeux verts et murmurait tout bas rien que pour lui :
- T’es beau !
Thibault souriait et son cœur fondait de tendresse pour cette petite fille qui essayait de dire son prénom. Comme lui, elle ne parlait plus. Tous deux écorchés vifs par la vie, à quoi bon communiquer ? Les mots ne franchissaient plus leurs lèvres. Seuls leurs regards parlaient pour eux, et il y avait tout dans ce regard, vert pour l’une et noir pour l’autre : de la tendresse quand ils se trouvaient, un sourire quand Thibault montrait les images d’un livre, de la peur quand l’un disparaissait trop longtemps.
Il ne lui vint jamais à l’idée que Lou le trouvait beau et qu’elle lui disait. Il représentait pour elle un sauveur qu’elle aimait de tout son cœur et dont elle ne voudrait jamais se séparer.
Ni l’un ni l’autre ne savaient ce que c’était « aimer ». Ils n’avaient vu que des coups de poing et des gifles tomber et n’avaient entendu résonner que des cris et des pleurs.

C’était un jour, à l’aube…


vendredi 12 janvier 2018

Muguette


Muguette est née le 1er mai.

- Tu parles d’un prénom ! ronchonne la jeune femme.
Ses parents l’ont appelée ainsi en l’honneur de la fleur aux clochettes blanches qui est sensée porter bonheur. 
- Du pipeau oui ! porter bonheur, ça se saurait !

Muguette est née râleuse. Bébé, elle hurlait dès qu’elle n’avait pas son biberon assez vite et devenait rouge de colère. Aujourd’hui, elle ronchonne, elle roumègue, elle rouspète, elle a un avis sur tout, ne voit que le négatif, n’aime pas le soleil parce qu’il donne des coups de soleil, n’aime pas la pluie parce qu’elle mouille, ni le froid parce qu’elle a froid, ni le chaud parce qu’elle a trop chaud.  Bref, quand on rencontre Muguette, il faut être vraiment bien dans ses baskets sinon elle vous embarque avec elle et vous mettez un temps infini à vous en remettre.

Son réveil sonne comme tous les matins et comme tous les matins il fait trop de bruit. Alors elle l’envoie valser à l’autre bout de la chambre et comme à chaque fois l’engin se casse et Muguette tempête :
- Je vais encore devoir en acheter un autre, ça ne vaut rien ces machins !
Elle file sous la douche mais n’attend pas que l’eau chauffe, elle se gèle. Elle pousse alors le robinet d’eau chaude, elle se brûle. Le savon lui glisse des mains et elle a oublié sa serviette. Mais c’est de la faute au monde entier bien sûr. Déjà devant son miroir, la ride du lion la nargue. Rageusement elle la lisse puis finalement se dit que ça ne sert à rien. Elle tente quand même la crème anti-rides, raffermissante et repulpante qui est pleine de promesses et qui lui a coûté les yeux de la tête.
- Tu parles ! murmure Muguette. Un attrape-couillon oui ! Ils nous prennent vraiment pour des billes ceux qui ont inventé ça.
Elle se plante devant son placard et ne sait pas quoi mettre. Elle ouvre alors les volets puis la fenêtre et passe la tête au-dehors.
- Evidemment, il pleut.
Rageusement, elle la reclaque et enfile pantalon et pull.
La cafetière a rendu l’âme. Elle a oublié hier de l’éteindre, pour une fois qu’elle la détartre !
- Tant pis, j’en prendrai un au bar en face du bureau.
Elle enfile son manteau, attrape son parapluie qui une fois dehors refuse de s’ouvrir et quand elle y parvient, une bourrasque lui retourne. Elle le jette au fond de son sac fourre-tout qui pèse une tonne et lui démonte l’épaule tout en courant vers sa voiture.
Elle allume alors la radio :
- Ben voyons, la hausse du gas-oil ! Et qui c’est qui paie ? Toujours les mêmes.
Elle invective un automobiliste :
- T’avance toi ? J’ai pas toute la vie …
Même pas la chanson de Johnny la fait sourire :
- De toute façon il est mort alors ! Bah, finalement il est peut-être mieux là-bas qu’ici. Regarde-moi ça ces bouchons ? Mais ce n’est pas possible, ils ne peuvent pas aller à pied …
Arrivée au métro, elle constate qu’il est arrêté pour une durée indéterminée.
- Et merde !
Muguette est lessivée. Son début de journée lui a déjà pompé toute son énergie. Courant sous la pluie elle entre dans un café, histoire d’avaler un petit déjeuner. Toutes les tables sont occupées.
- C’est bien ma veine ! maugrée-t-elle en ébrouant sa crinière qui croule en boucles sur ses épaules.

- Désirez-vous partager ma table ?
- Non, je n’ai pas l’habitude de parler à des inconnus, répond Muguette sans se retourner.
- Je disais ça gentiment, pas la peine de m’aboyer dessus !
- Oh, ça va ! Muguette tourne la tête et reste muette devant l’homme assis qui la dévisage en souriant.
- Une vraie panthère ! Vous avez mal dormi ?
Sa voix grave et chaude envoûte la jeune femme et la laisse pantoise, mais le naturel reprend vite le dessus.
- On n’a pas gardé les chèvres ensemble que je sache, gardez vos réflexions pour vous. Non, je n’ai pas mal dormi.
- Les moutons.
- Quoi les moutons ?
- On n’a pas gardé les « moutons » ensemble. Vous avez dit les chèvres.
- Les chèvres, les moutons, c’est pareil. Vous allez me reprendre à chaque fois que je parle ? Je vous préviens, je suis de mauvais poil !
-  Non ? C’est vrai ? Loin de moi cette idée, dit-il en éclatant de rire.
- Vous vous moquez de moi ? grogna Muguette.
- Je n’oserais pas !
L’inconnu s’amusait follement et ses yeux rieurs la fixaient.
- Bon, c’est pas tout ça, reprit Muguette, ça tient toujours votre invitation ? J’ai vraiment faim !
- Mais je vous en prie asseyez-vous, je vous commande un café ?
- Je peux le faire toute seule merci ! Elle se faufila jusqu’au comptoir et ramena à la table un petit déjeuner complet qu’elle commença à dévorer. La chaleur du café et les tartines de confiture commencèrent à faire leur effet et elle se détendit enfin. Elle regarda mieux l’homme assis en face d’elle.
- Désolée, je n’ai pas pensé à vous demander si vous vouliez reprendre quelque chose, mais comme vous aviez fini…
- Etes-vous toujours comme ça ?
- Oui, je sais que j’ai mauvais caractère, je râle tout le temps. Pas de réflexions hein, vous allez m’énervez encore davantage. J’espère que le métro va repartir sinon je suis bonne pour le bus, soupira Muguette.
- J’ai ma voiture. Si vous allez en centre-ville je peux vous déposer.
- Mais je rêve, vous me draguez là ?  Elle était déjà debout.
- Pas du tout, je vous propose mon aide, point. Mais si vous préférez le bus je vous laisse le prendre. Lui aussi était debout.
- Heureux de vous avoir rencontrée et il la planta là. Elle le suivit des yeux, puis haussa les épaules.
- Mais quelle idiote !
Son regard accrocha alors une carte de visite oubliée sur la table. Elle sourit.
- J’avais raison, je lui ai tapé dans l’œil.
Quand elle la parcourut du regard, elle écarquilla les yeux, attrapa son sac et courut vers la sortie. Elle le chercha des yeux mais évidemment il avait disparu.
- Jasmin, il s’appelle Jasmin. Je ne peux quand même pas laisser échapper un mec qui s’appelle Jasmin.
Pas de chance, il n’y avait pas de numéro de téléphone sur la carte.
- Non mais quel crétin ! fulmina Muguette. Pas foutu de mettre son 06. Il vit dans quel monde lui ?
Elle leva alors la main et monta dans le bus qui s’arrêtait devant elle.


mardi 9 janvier 2018

Janvier, la galette et Prune


Dès le 6 Janvier, c’est la galette !

- Génial, ça commence bien, se lamente Prune. Déjà que j’ai pris quelques kilos avec la dinde, le foie gras et les chocolats, voilà que j’enchaîne avec cette satanée galette.
Qui a décidé que celui qui avait la fève devait en racheter une ? Celui-là, je lui en veux à mort ! râle Prune, incapable de dire non à la part qui lui fait de l’œil. Et ça continue avec la voisine sympa qui passe à l’improviste :
- Tenez, je vous ai apporté une galette, on se fait un petit café ?
Ben oui bien sûr ! Prune est gentille, « trop » pense-t-elle.
Et voilà Tatie contente de bavarder un peu, elle s’ennuie toute seule. Mais c’est la génération où on n’envisage même pas d’arriver les mains vides, alors elle apporte … une galette. Tu m’étonnes que les enfants aient une superbe collection de fèves !!!
La pire c’est la « bonne » copine ou « mauvaise » au choix selon l’humeur qui arrive avec la galette du nouveau pâtissier du coin, qu’elle a testé, la galette bien sûr pas le pâtissier. La blague qui la fait rire :
- Elle est géniale, je t’assure, il faut que tu la goûtes !
Prune en ras-le-bol de ces galettes qui chaque jour défilent devant ses yeux. Comment tenir les bonnes résolutions prises le 1er janvier hein ? Elle se l’était promis face à son miroir : elle reprenait le sport ou plutôt elle s’y mettait car le sport et elle ça fait deux. Ah, elle va pouvoir courir pour les digérer ces galettes de malheur. Elle pense qu’elle n’arrivera pas à mettre ses baskets parce que, à cette allure si ça continue, elle ne pourra même plus se baisser pour les lacer.
- Maman ? Maman ? tu as acheté une galette ? il faut continuer la collection, il ne me manque plus que deux ou trois fèves.
Prune lève les yeux au ciel !

Janvier, le mois qui démarre l’année. Tant mieux, elle en avait assez de cette année 2017. Prune rêve à tout ce qui peut arriver de bien cette nouvelle année.  Tout est à faire, elle aime ça ! Et quand elle pense que c’est le mois de son anniversaire ! oh mon dieu, encore un gâteau !
Bon, les résolutions ce sera pour février se dit Prune en haussant les épaules.
2018, année positive, elle en est certaine, elle se l’est promis aussi devant son miroir et celle-là de résolution, elle veut la tenir quoiqu’il arrive !

- Regarde Prune je t’ai apporté une galette !
C’est son homme !
Elle éclate de rire !


dimanche 31 décembre 2017

L'attente de Millie

Millie a consciencieusement ouvert toutes les fenêtres de son calendrier. Elle a  envoyé sa lettre au Père Noël et maintenant elle attend.
Devant le sapin illuminé et le paysage d’hiver créé par sa Ma-Lou, elle reste en extase. Parfois, elle déplace délicatement un sujet puis le repose. Ma-Lou a allumé les lumières dans son village et il y a même un sapin qui tourne et Millie est en admiration à genoux devant ce décor. Ma-Lou a ajouté des rennes, un grand bonhomme de neige, des sapins et même un petit train. C’est féerique !

C’est Noël ce soir. Millie se demande si elle va recevoir tous les cadeaux demandés. Elle l’espère de tout son cœur et elle serait déçue si elle n’avait pas tout. Ses parents et Ma-Lou lui ont bien dit que le Père Noël parfois ne faisait pas toujours comme on voudrait : c’est un vieux bonhomme qui n’en fait qu’à sa tête mais toujours pour le bien des enfants. Millie espère qu’il n’a rien oublié.

La table de Ma-Lou et de Pa-Lou est magnifique. C’est encore Ma-Lou qui a imaginé une décoration que Millie n’a jamais vu ailleurs : dans un grand vase, un ourson avec un bonnet est assis au milieu de pommes rouges sur des écorces. Une guirlande de pompons blancs et de pommes de pin entoure le vase.
- C’est toi qui a fait ça ? demande Millie admirative
- Oui, répond Ma-Lou en lui ébouriffant les cheveux, tu aimes ?
- J’adore !
Millie est assise entre sa maman et son tonton. Elle l’aime bien ce tonton qui la taquine souvent et n’arrête pas de lui répéter que le Père Noël ne passera pas, elle n’a pas été assez sage, alors pas de cadeaux. Elle lui répond alors :
- Pareil pour toi ! t’arrête pas de m’embêter !

Millie a la permission de sortir de table pour jouer ou regarder un dessin animé car elle sait que l’attente va être longue. Il n’est pas encore minuit et elle sait que le Père Noël ne passera pas tôt. Ma-Lou a expliqué qu’il avait beaucoup de route à faire et Pa-Lou en plus a oublié d’envoyer sa lettre. Millie a peur qu’il n’ait rien et comme il n’arrête pas de faire des blagues, elle craint aussi que le Père Noël décide de passer tard rien que pour l’ennuyer. Ce serait bien fait pour lui, mais en même temps elle ne voudrait pas attendre trop longtemps car elle est fatiguée et puis elle veut que tout le monde ait un cadeau. Pa-Lou même s’il blague, elle l’aime beaucoup. Enfin, Papa, maman, Ma-Lou Pa-Lou et tonton prennent le dessert. Millie n’a plus faim. Tonton lui demande de venir avec lui regarder le ciel, on ne sait jamais, on pourrait voir le traîneau. Millie n’est pas rassurée et devant la fenêtre elle scrute le noir. Elle aperçoit des traînées blanches. Tonton lui dit qu’il ne doit pas être loin. Papa maman Pa-Lou et Ma-Lou arrivent aussi et Pa-Lou allume la lumière.
- Non, non, dit Ma-Lou, le Père Noël ne passera pas si tu allumes.
Pa-Lou éteint mais celle-ci se rallume toute seule. Millie crie :
- T’es pas drôle, arrête tu me fais peur !
- Mais… je n’ai rien fait !
Pa-Lou rit, hausse les épaules et regarde Ma-Lou en chuchotant qu’il n’a effectivement rien fait.
- Tu ne vois pas qu’il soit vraiment passé ? demande Maman en faisant un clin d’œil.
Millie file dans son lit, paniquée. Elle se glisse sous les draps et c’est à ce moment que tout s’enchaîne rapidement.
Ma-Lou l’appelle en disant qu’il y a le traîneau garé sur la route, Tonton vient la chercher dans son lit mais elle s’y accroche en hurlant qu’elle ne veut pas le voir et Pa-Lou descendu au sapin crie :
- Venez voir, il est passé !
Millie dans les bras de Papa, la tête cachée dans son cou, ne veut pas y croire.
Seul le sapin clignote et les cadeaux à ses pieds sont déposés.
Millie s’approche !
- Ah oui, il est passé !
Sur son visage passent divers sentiments :
La déception, elle ne l’a pas vu, une fois de plus.
La surprise, mais comment est-ce possible ?
Et enfin la joie.
Elle ouvre un à un ses cadeaux le sourire jusqu’aux oreilles. Elle serre ses trésors sur son cœur.
Elle vérifie quand même que Pa-Lou ait un cadeau. Oui et il a l’air content.
Toute la famille est gâtée et personne n’a été oublié.
Millie peut aller se coucher et s’endormir apaisée.
- Merci Père Noël murmure-t-elle sous les draps et elle lui envoie un baiser du bout des doigts.